La préhistoire s’intéresse à la vie des hommes depuis l’apparition de leurs plus lointains ancêtres
jusqu’à la découverte de l’écriture, une aventure de quelques millions d’années.
LA NAISSANCE DE L’UNIVERS
La naissance de l’Univers remonte au big bang, il y a 15 milliards d’années. Les galaxies se forment quelques centaines de millions d’années plus tard. Parmi elles,
la Voie lactée...Au bout de 10 milliards d’années, une étoile parmi d’autres apparaît sur sa périphérie : le soleil avec ses planètes
- dont la Terre. Au moment de sa formation, il y a 4,6 milliards d’années, la Terre est une simple boule gazeuse incandescente. Ces gaz, en se refroidissant, deviennent liquides,
puis solides et constituent la croûte terrestre, avec ses océans et ses continents. La vie n’a pas pu naître sur les continents, car au début,
il n’y a pas assez d’oxygène dans l’atmosphère pour former une couche d’ozone protectrice.
LE DEBUT DE LA VIE
Les premières formes de vie, des organismes unicellulaires très simples, se sont vraisemblablement développées
dans les océans, milieu favorable aux échanges chimiques, et abrité des radiations cosmiques novices.
Au cours des centaines de millions d’années qui ont suivi, des organismes végétaux et animaux se sont multipliés et diversifiés.
Au début de l’ère primaire, les invertébrés marins abondent. Une vie intense prolifère dans les océans, où apparaissent des vertébrés primitifs.
Il y a quatre cent millions d’années, les poissons dominent les mers.
Timidement, sortent des eaux les premiers vertébrés terrestres, les amphibiens... Ils savent déjà respirer l’air de l’atmosphère, mais ont encore besoin du milieu aquatique, notamment pour se
reproduire. Les reptiles, qui se multiplient à la même époque, pondent leurs oeufs, bien protégés par une coquille dure, sur la terre ferme, ce qui leur permet de se lancer à la conquête du continent.
Le règne des dinosaures commence il y a plus de 200 millions d’années. De ces terribles “lézards”, il y en a des petits jusqu’aux géants. Les dinosaures
herbivores marchent sur deux ou quatre pattes et ont soit un bassin de reptile (saurischiens) soit un bassin évoquant celui des oiseaux (ornithisciens). Les carnivores marchent sur
deux pattes et ont tous un bassin de reptile. Il y a 65 millions d’années, pour une raison mystérieuse, les dinosaures disparaissent, laissant le terrain libre aux discrets mammifères...
Il faudra attendre encore quelques dizaines de millions d’années pour qu’apparaisse un primate pas tout à fait comme les autres.
PALEOLITHIQUE, MESOLITHIQUE, NEOLITHIQUE
On divise la préhistoire en trois périodes principales :
le paléolithique, le mésolithique, le néolithique ; les âges des métaux sont regroupés dans la protohistoire. Ces subdivisions ont été créées à partir
des travaux européens à la fin du XIXe siècle. Il n'est pas toujours évident de les appliquer à d'autres continents : ainsi, en Afrique, le paléolithique
inférieur commence il y a 3 millions d'années alors que jusqu'à présent -le peuplement y étant plus tardif -il est inconnu en Amérique.
Le paléolithique se caractérise essentiellement par l'avènement du genre Homo et par les premières
inventions : celle de l'outil en pierre qui ne cesse de se perfectionner, celle de la maîtrise du feu et, finalement, celle de l'expression artistique.
Il débute à différentes périodes du quaternaire : dès 3 millions d'années en Afrique, 1 million d'années plus tard en Europe
et il s'éteint avec l'holocène vers le Xe millénaire. Il se déroule pendant l'âge des glaciations, dans des conditions climatiques tantôt périglaciaires,
tantôt tempérées.
Le cadre chronologique du paléolithique européen a été divisé en trois stades principaux
(inférieur, moyen et supérieur), selon les degrés de complexité de l'outillage en pierre taillée qui lui a donné son nom.
En France, les principaux faciès du paléolithique sont : - l' acheuléen : Née en Afrique de l'Est il y a 1,3 million d'années et créée par Homo
erectus, la taille acheuléenne s'effectue sur rognons de silex au percuteur, dur d'abord, tendre ensuite. Elle se perfectionne lentement pour aboutir à des bifaces finement retouchés
et parfaitement symétriques. Après s'être répandue dans l'Ancien Monde, en Europe, elle tend à disparaître il y a 100 000 ans, à la fin du paléolithique
inférieur, et représente la plus longue civilisation vécue par l'homme.
- la technique Levallois : Technique de débitage de la pierre du paléolithique moyen,
caractérisée par une préparation du nucléus qui permet d'obtenir des éclats d'une forme prédéterminée.
La technique Levallois représente l'un des aspects de l'industrie moustérienne.
-le moustérien: Le moustérien débute au cours de la glaciation riss et s'éteint au paléolithique supérieur.
Il doit son nom à la commune de Peyzac-le-Moustier (Dordogne), où l'on découvrit en 1908 un squelette du type de Neandertal. Largement répandue en Europe, au Moyen-Orient,
en Asie et en Afrique du Nord, cette industrie est associée aux activités de l'homme de Neandertal.
- le châtelperronien (de Châtelperron, dans l'Allier): Faciès culturel marquant le début du paléolithique supérieur en France, caractérisé par
le développement de l'outillage osseux. ou périgordien ancien Faciès industriel du début du paléolithique supérieur, connu dans sa phase
ancienne sous le nom de châtelperronien et dans sa phase récente sous celui de gravettien.
- l' aurignacien (de Aurignac) : Faciès du paléolithique supérieur caractérisé par des grattoirs carénés, des sagaies en os et marqué par
l'apparition de l'art figuratif (v. 33000 av. notre ère). Le faciès aurignacien se rencontre du Proche-Orient à l'Espagne et dans la majeure partie de l'Europe entre -33000 et -26000.
L'industrie osseuse s'y accroît et l'apparition de l'art mobilier en constitue la principale innovation.
-le gravettien (de la Gravette, en Dordogne) : Faciès culturel du paléolithique supérieur, caractérisé par un burin sur troncature retouchée et une pointe élancée à bord
rectiligne abattu par retouches abruptes. (Situé entre l'aurignacien et le solutréen [27000-20000 av. notre ère], le gravettien a produit de remarquables statuettes féminines en ivoire.)
- le solutréen :(de Solutré-Pouilly, en Saône-et-Loire) : Faciès culturel du paléolithique supérieur, caractérisé par une retouche plate en écaille sur les deux faces de l'outil
(feuille de laurier). Présent surtout dans le sud-ouest de la France, le solutréen, qui apparaît v. 18000 av. J.-C., précède le magdalénien ; l'industrie osseuse connaît une innovation avec l'aiguille à chas,
et la production artistique est remarquable (bas-reliefs sculptés au Roc de Sers).
- le magdalénien (de l'abri de la Madeleine, à Tursac, Dordogne) : Se dit de l'ensemble des faciès culturels marquant l'apogée du paléolithique supérieur en Europe occidentale. L'outillage lithique (grattoirs, burins
et microlithes) est associé à une abondante industrie osseuse (sagaies, harpons, aiguilles à chas, propulseurs, etc.). Cette période correspond à l'épanouissement
de la sculpture et de la gravure sur os et ivoire et à celui de l'art pariétal (Altamira, Font-de-Gaume, Niaux, Lascaux, etc.).
Le paléolithique supérieur est marqué par l'apparition de l' Homo sapiens sapiens et par la production d'objets à caractère artistique.
Le mésolithique correspond au réchauffement postglaciaire des environs de - 10 000 au Moyen-Orient. C'est une période de transition entre l'économie de chasse
et de cueillette, et celle de production. On y observe les premières déforestations européennes.
Le néolithique est marqué par l'accession à l'économie de production. Elle se manifeste d'abord par l'élevage puis par la domestication des céréales : orge,
millet, blé dans l'Ancien Monde, riz en Asie, et maïs en Amérique. Cette acquisition capitale qu'est l'agriculture engendre rapidement la sédentarisation avec la création
des premiers villages, l'invention de la céramique, l'apparition de villes et la naissance de l'écriture.
Aux alentours du Xe millénaire, les différences entre N. et S. s'accentuent alors que la néolithisation se met en place. Amorcée dès - 14000, une
phase humide fertilise et transforme le Sahara. Elle favorise l'éclosion de diverses cultures, comme celle de Tagalagal, au Niger, où dès le VIIIe millénaire
abonde la céramique associée à du matériel de broyage des graines.
Dans le Hoggar, vers - 6000, céramiques et meules permettent de penser à la culture du mil, typique du Sud. Les lacs fournissent poissons et mollusques à une population
relativement sédentaire. Apparaissent ensuite des pasteurs qui pratiquent la domestication. On leur doit l'art rupestre saharien, aux styles successifs. Dans la phase ancienne (dite « Têtes
rondes »), on remarque une population négroïde.
Plus tard, vers 3000 avant notre ère, les acteurs du style « bovidien » sont
de type méditerranéen. Chars à deux roues et camélidés appartiennent à une époque beaucoup plus récente. À l'aube du Ier millénaire
av. J.-C., une période de sécheresse amène la désertification, encore actuelle.
Sur le territoire de la république de Djibouti, toute une série de gravures rupestres révèlent, vers le IIe millénaire avant notre ère, la
présence de pasteurs.
Dans le Maghreb, vers - 4500, c'est par la Méditerranée qu'arrive la néolithisation : orge et blé sont révélateurs de l'influence proche-orientale. Dans
l'E. , la présence d'outils en obsidienne démontre l'existence d'échanges commerciaux maritimes avec les îles (Lipari, Sardaigne, Sicile) où l'obsidienne est courante.
En Égypte aussi, les influences divergent entre N. et S. Ouvert sur la Méditerranée, le N. commerce avecle Proche-Orient alors qu'au S. , il y a 9 500 ans,
un néolithique soudanais se met en place. À partir du Ve millénaire, divers faciès culturels se suivent et les principaux sont observés à Badari
et à Nagada. Là s'organise l'époque prédynastique et apparaissent les prémices de la civilisation pharaonique.Plus au sud, à Kerma, s'élabore la plus ancienne
civilisation urbaine de Nubie. Quant à l'Afrique des forêts denses, elle va conserver très longtemps sa tradition de chasse et de cueillette
NOS ANCÊTRES D’AFRIQUE
Il semble bien que l'Afrique, il y a plus de trois millions d'années, ait été le berceau de l'humanité. Depuis
le crâne de Taung, recueilli en 1924 en Afrique du Sud, jusqu'à « Lucy » (un squelette d'australopithèque gracile vieux de 3 millions
d'années, trouvé dans la Rift Valley éthiopienne en 1974. On écrit aussi Lucie.), c'est dans les gisements
africains qu'ont été trouvés les plus anciens hominidés.
En Afrique orientale, dans la Rift Valley, les sites foisonnent, que ce soit en Éthiopie
- à Melka Kontouré, le long du fleuve Omo, à Hadar, dans la vallée de l'Aouach -ou en Tanzanie, comme à Laetoli ou Olduvai, ou bien au Kenya, etc. Ces gisements africains appartiennent à une époque
si reculée que certains préhistoriens lui ont donné le nom de « paléolithique archaïque ».
Celui-ci commence avec un outillage de galets aménagés ( pebble culture avec chopper et chopping-tool) fabriqués il y a plus de 2,5 millions d'années.
Extrêmement lente, l'évolution donne naissance à l'industrie acheuléenne vers 1,3 million d'années à Olduvai, où elle est due à Homo erectus ; cette industrie
est encore présente à Melka Kontouré il y a 200 000 ans, mais hachereaux, bifaces plus petits et outils sur éclats préfigurent l'industrie du
paléolithique moyen. Homo sapiens correspond en Afrique à l'espèce appelée en Europe « homme de Neandertal ». C'est un Homo sapiens archaïque, présent dès
300 000 ans à Melka Kontouré. On ignore le lieu d'origine d' Homo sapiens sapiens (l'homme actuel), mais ses plus anciens vestiges ont aussi été découverts en Afrique.
L’ERE GLACIAIRE
Plusieurs variations importantes de climat se sont produites au long du pléistocène (de 1,8 million d'années à 10 000 ans),
mais hominidés puis hommes s'adapteront. Les glaciations sont caractérisées, entre autres, par un abaissement
de quelques degrés de la température moyenne du globe, ce qui suffit à produire d'immenses glaciers. Ainsi,
le quaternaire étant, dans l'ensemble, une période froide, l'homme n'a jamais connu le climat « normal » de
la Terre, plus chaud et plus sec. Une des conséquences d'une glaciation est, en particulier, une fluctuation importante à la
baisse du niveau des mers (plusieurs dizaines de mètres) qui, bien souvent, découvre le plateau continental (régression
marine) : lors du dernier âge glaciaire, il y a 15 000 ans, il était possible de traverser la Manche à pied sec.
Cependant, les glaciations ne constituent pas un phénomène particulier du quaternaire, même si celles de cette époque sont les plus citées car les mieux connues.
Cependant, leur détermination est, pour les plus anciennes, en général très difficile par manque de repères géologiques (dépôts tels que
varves ou moraines ; terrasses alluviales) ou disparition de ceux-ci.
On a reconnu des glaciations au précambrien, au début du cambrien, au permo-carbonifère, à la fin du tertiaire et au quaternaire.
En Europe centrale et méridionale (domaine alpin), ces deux dernières périodes ont été découpées en plusieurs phases : deux au tertiaire (biber et donau) et quatre au quaternaire (günz, mindel, riss et würm).
L'origine des glaciations semble être due à la conjonction de facteurs géologiques (répartition des masses continentales à la surface de la Terre, en liaison
avec la tectonique des plaques) et de facteurs astronomiques influant sur le niveau d'insolation de la Terre (théorie de M. Milankovié).
Au gré de la progression des fouilles archéologiques apparaissent la richesse et la diversité des industries lithiques du paléolithique moyen et supérieur,
présentes pratiquement sur tout le continent.
L’ORIGINE DES HOMINIDES
Le premier primate connu, Purgatorius, qui apparaît en Amérique
du Nord à la fin du crétacé, il y a 67 millions d'années, ressemble encore à un insectivore.
Les propliopithèques, tels que Aegyptopithecus, de l'oligocène d'Égypte (32 millions d'années), pourraient être, avec leurs 32 dents, les ancêtres des primates supérieurs.
Parmi leurs descendants, les dryopithèques, hominoïdes du miocène, en particulier les formes africaines Afropithecus (miocène inférieur) et Kenyapithecus (miocène
moyen, 16-12 millions d'années), s'inscrivent dans la lignée commune aux hominidés et aux anthropoïdes. D'après Y. Coppens et D. Johanson; la formation
du Rift africain, il y a 6 millions d'années, et les changements climatiques qui s'ensuivirent, seraient responsables de la séparation entre la lignée des grands singes, à l'ouest,
et celle de l'homme, à l'est. La récente découverte, au Tchad, à 2 500 km à l'ouest du Rift, d'un hominidé vieux de 3 millions d'années, remet partiellement en cause cette théorie.
Les premiers hominidés sont des australopithèques, Ardipithecus ramidus (4,4 millions d'années), de l'Éthiopie, et Australopithecus anamensis (4,1-3,5 millions
d'années), du Kenya. L'espèce A. afarensis (3,5 millions d'années) est bien connue grâce à la découverte du squelette presque complet du petit bipède
qu'on a prénommé Lucy. Un site de Tanzanie a livré des empreintes de pas, vieilles de 3,2 millions d'années, qui sont attribuées à cette espèce. Certaines
formes d' A. afarensis donnent naissance, vers 3 millions d'années, aux australopithèques « graciles » (A. africanus),
répandus en Afrique de l'Est et du Sud, parmi lesquels se trouvent probablement les ancêtres des premiers hommes, Homo habilis, apparus il y a 2,2 millions d'années.
C'est vers 1,6 million d'années que l'on situe la transition avec Homo erectus, grâce à la découverte au Kenya du squelette complet d'un individu de grande taille, baptisé récemment H. ergaster.
LES CARACTERES DES HOMINIDES
L'homme marche redressé sur ses deux pieds. Ce mode de locomotion a permis des évolutions anatomiques : le centre de gravité se situe au niveau du bassin ; la
colonne vertébrale présente quatre courbures ; le trou occipital occupe une position plus antérieure ; le bassin est large et évasé ; les orteils
sont courts, le plus gros est en adduction ; le pied possède une voûte plantaire ; les membres supérieurs sont plus courts que les membres inférieurs ;
le pouce, long, capable de s'opposer aux autres doigts, améliore la dextérité de la main. L'acquisition de la bipédie a été vraisemblablement un atout
majeur, car elle a permis la libération des mains, ce qui entraîna probablement le développement du cerveau. Celui-ci a évolué à la fois
en taille et en complexité. La capacité crânienne n'a cessé de croître des premiers hominidés à l' Homo sapiens, mais c'est surtout à partir d' Homo
habilis que cette augmentation devient vraiment significative. Les préhistoriens ont trouvé, associés à des restes fossiles d'hominidés, les premiers outils,
des pierres taillées, qui traduisent l'existence d'une pensée conceptuelle. L'augmentation du volume des hémisphères cérébraux est spectaculaire :
avec Homo erectus, le cerveau a presque doublé.
D'autres modifications ont eu lieu au cours de l'évolution anatomique des hominidés : un système dentaire
moins puissant, des canines réduites et des prémolaires à deux tubercules ; une face de moins en moins prognathe. Chez les Homo sapiens sapiens, les bourrelets sus-orbitaires disparaissent,
le menton est bien marqué, et le squelette est de constitution légère.
LES AUSTRALOPITHEQUES
Les Australopithèques, qui ont vécu entre - 6 millions d’années et -1 million d’années, ont
peut-être côtoyé les premiers représentants du genre humain, les Homo habilis dont la présence, attestée
en Afrique à partir de -2.4 millions d’années, pourrait remonter à 3 millions d’années.
Ces derniers sont bipèdes, avec une capacité crânienne de près de 800 centimètres cubes, presque le double
de celle des Australopithèques, des dents plus humaines et des mandibules plus fines. On les appelle hommes habiles parce
qu’ils ont façonné les premiers outils : de simples galets taillés. Le galet est un outil universel
pour l’Australopithèque et l’Homo habilis. Il sert à tout : à se défendre ou à chasser, à briser
les noix de coco recueillies sur la plage pour que les petits en boivent le lait, a chasser et dépecer les animaux...
Le site d’Oldoway, en Tanzanie, a donné son nom à la première civilisation humaine, l’Oldowayen.
Il y a 1 700 000 ans, un nouvel Hominidé apparaît, d’abord en Afrique...Cet Homo erectus (homme debout), d’une taille et d’un poids voisins de ceux de
l’homme d’aujourd’hui, n’a pas de menton, son front est fuyant, ses orbites surmontées d’un bourrelet en forme de visière, ses mâchoires
robustes et ses dents massives !
Doté d’un cerveau plus volumineux (900 à 1200 centimètres cubes), l’Homo erectus fabrique des
outils élaborés : des bifaces et des hachereaux. La civilisation associée à ces outils est appelée acheuléenne, parce qu’elle a été définie à Saint-Acheul,
un faubourg d’Amiens. Il y a 500 000 ans environ, certains Homo erectus découvrent le moyen de produire le feu, et apprennent à l’entretenir...
Du galet, fracassé sur le rocher et éclaté, à l’outil possédant une forme volontaire, définie, des centaines de milliers d’années se sont écoulées.
Cette lenteur des progrès techniques s’explique. Australopithèque, Homo habilis, Homo erectus ensuite (Pithécanthrope, Sinanthrope, Homme de Mauer...), sont fort peu nombreux et très
dispersés dans le monde. Les rares tribus, de quelques individus, sont séparées par d’immenses étendues. la vie est dangereuse et courte. les astuces techniques pour
mieux chasser, les tours de main pour tailler plus habillement un rognon de silex, se transmettent difficilement. L’Homme sait-il parler pour mieux communiquer, pour expliquer ? Pas suffisamment
pour enseigner ses semblables. Il est donc nécessaire d’inventer et de réinventer sans cesse les mêmes gestes... Finalement, au terme d’étapes successives
(auxquelles les préhistoriens ont donné les noms d’Oldowayen, d’Abbevillien, de Clactonien, d’Acheuléen, etc), les hommes obtiendront un outil parfait, plat, élégant,
aux fines retouches : l’amande, efficace et aérodynamique. L’Home erectus prendra plaisir à cette taille raffinée. L’artisan devient artiste.
* Le plus vieil Européen :
Les Homo erectus ont-ils été les premiers explorateurs de la Terre ? Si certains indices, discutés d’ailleurs, laisseraient supposer que les Homo habilis, les auraient précédés
en Europe, ils ont, en tous cas été les premiers à se disperser aussi systématiquement, profitant des périodes
interglaciaires pour s’aventurer aux confins de l’Afrique, de l’Europe et de l’Asie. Chasseurs nomades, les
Homo erectus s’installent dans des cabanes ou dans des grottes, comme à Tautavel, dans les Pyrénées-Orientales. Trente ans de campagnes de fouilles menées sous la direction
d’Henry de Lumley ont permis de nous faire une idée plus précise de la manière dont ces hommes de Tautavel, qui sont parmi les plus vieux Européens aujourd’hui
connus, vivaient il y a 450 000 ans...Ils étaient regroupés en bandes d’une vingtaine d’individus. leurs campements étaient liés aux allées et venues du gibier. Sans doute
armés de simple pieux, ils s’attaquaient à des animaux parfois redoutables : loups, ours, lions des cavernes, bisons, chevaux, boeufs musqués primitifs, cerfs, mouflons, rhinocéros...
A l’aide d’outils taillés dans le quartz, le silex, le jaspe, le grès ou le calcaire, ils dépeçaient leurs proies et cassaient leurs os pour en récupérer la moelle. Les hommes de Tautavel n’avaient pas encore
domestiqué le feu, et ils ont laissé peu de traces d’aménagement de leur habitat.
LES HOMO SAPIENS
* L’Homme de Néandertal :
Il y a 500 000 ans, les Homo erectus, originaires d'Afrique, s'étaient répandus en Europe et jusqu'en Extrême-Orient.
Deux lignées principales se différencient alors : en Europe, celle des prénéandertaliens (de 500 000 à 150 000 ans) et, au Proche-Orient, celle plus tardive des « proto-Cro-Magnon » (100 000 ans).
En 1856, dans la vallée de la Düssel, dite de Neander, en Allemagne, on découvre la calotte crânienne et les os du squelette d’un homme très ancien. A l’époque,
on considère l’homme de Néandertal comme une brute, un crétin, à cause de son physique. Trapu, il a le front bas. Un bourrelet osseux protège
ses yeux, et l’absence de pommettes et de menton donne à son visage l’aspect d’un museau. Pourtant, son crâne, large et étiré vers l’arrière, abrite
un cerveau d’une capacité équivalente à celle de l’homme moderne. Avec le temps, on a fini par reconnaître en lui un Homo sapiens, un homme sage ! Descendant d’une
lignée d’Homo sapiens archaïques établis en Europe quelques centaines de milliers d’années plus tôt, l’homme de Néandertal a vécu
de -100 000 à -35 000 ans, de l’Europe occidentale à l’Ouzbékistan et au Proche-Orient.
Pour supporter les grands froids de la dernière glaciation, il se réfugie dans des abris-sous-roche ou dans des cabanes en os de mammouth. Ce maître dans l’art de tailler le silex invente une technique qui lui permet de prévoir
la forme des éclats obtenus. Il est le représentant principal de la civilisation moustérienne, définie
sur le site de Moustier, en Dordogne. Grande innovation, cet homme sage enterre ses morts, souvent avec des offrandes : outils, animaux, fleurs...
LES HOMO SAPIENS SAPIENS
La lignée
des hommes de Néandertal s’est donc éteinte il y a 35 000 ans environ. Ils n’ont pas disparu brutalement, mais ont été progressivement remplacés
par d’autres Homo sapiens, les Homo sapiens sapiens ( des hommes deux fois sages...), avec lesquels ils ont sans doute cohabité pendant près de 50 000 ans.
On les appelle hommes de Cro-Magnon, car au lieu-dit Cro-Magnon, près des Eyzies, en Dordogne, que cinq squelettes, mis au jour en 1868, ont permis de définir ce type humain.
L’homme de Cro-Magnon est le premier représentant de l’espèce à laquelle nous appartenons tous : l’Homo sapiens sapiens.
Cet homme moderne ne se différencie guère de nous. Sa taille est élevée ; son front droit ; ses pommettes saillantes ; son menton apparent. Son crâne abrite un cerveau
qui vaut le nôtre. Excellent chasseur, intelligent et habile, il conçoit des outils qui lui permettent de réaliser des travaux toujours plus efficaces. Pour mieux affronter les
grands froids de la dernière glaciation, il s’abrite dans des cabanes construites en plein air ou des cavités naturelles bien exposées. Mais surtout, l’Homo sapiens
sapiens est le moteur d’une véritable révolution culturelle...
L’ÂGE D’OR DE LA PREHISTOIRE
Si l’aventure de nos plus lointains ancêtres se déroulait sur des millions ou des centaines de milliers d’années,
avec l’apparition des Homo sapiens sapiens, tout s’accélère !
Des civilisations coexistent dans des lieux différents ou se succèdent rapidement en un même lieu (l’évolution
de l’homme se faisant plutôt en mosaïque qu’en ligne continue). La France, où l’on fait régulièrement
des trouvailles majeures, est particulièrement riche en vestiges du Paléolithique supérieur, c’est
donc à partir des sites français que les spécialistes ont défini ces civilisations, qui correspondent à des
niveaux différents d’outillage et de réalisations artistiques.
- Le Châtelperronien (-34 000/-30 000ans), identifié dans la grotte des Fées, à Châtelperron,
dans l’Allier, est une civilisation de transition, mise en oeuvre par des populations encore néandertaliennes.
Au Châtelperronien, les hommes continuent à tailler des éclats de silex, mais ils commencent à façonner
des outils sur lames, et à fabriquer instruments et arme en os et bois de cervidés. L’”art
préhistorique” naît dès le Châtelporronien. Les rudes chasseurs néandertaliens
façonnent des pendeloques ornementales en os ou en dents animales, et gravent des motifs géométriques
sur des outils ou des blocs de calcaire. Ils bâtissent des huttes circulaires étayées par des défenses de mammouth.
- Les premiers Homo sapiens sapiens appartiennent à la culture aurignacienne (-33 000/-26 000ans), du nom de la grotte d’Aurignac, en Haute-Garonne. Les Aurignaciens développent le débitage de lames de silex, qu’ils aménagent
au moyen de retouches obliques, souvent écailleuses. Ils fabriquent des grattoirs et des burins. Ils travaillent beaucoup l’os : on a retrouvé des poinçons, des bâtons
perforés et des pointes de sagaies. On assiste à la naissance du dessin figuratif : ceux-ci décorent les objets usuels, et représentent de façon sommaire des formes humaines, surtout féminines, et quelques animaux, sur
des blocs rocheux. Ils créent également des colliers et des parures en os, en ivoire, en coquillages ou en dents.
- Le Gravettien (-27 000/-19 000ans) a été défini
grâce au gisement de la Gravette, en Dordogne. La civilisation gravettienne, qui se développe en Europe centrale et occidentale, maîtrise bien
la technique de débitage de lames : l’outil typique est une lame fine et aiguë en silex, la pointe de la Gravette. Le Gravettien connaît un
développement progressif de l’art. Les gravures, sculptures et peintures de cette période montrent des représentations d’animaux encore très
schématisées. Les éléments de parure deviennent de plus en plus variés. Des statuettes féminines datant de cette période
ont été découvertes un peu partout en Europe. Taillées dans l’ivoire, l’os ou la pierre, elles sont en général figurées
nues, debout, les traits du visage, les pieds et les mains à peine esquissés, avec des formes très rebondies. On les a appelées Vénus, à l’instar
de la déesse romaine de l’amour. Mais si on a souvent voulu voir en elles des symboles de fécondité, on ignore encore leur signification exacte.
- Le Solutréen (-20 000/-16 000ans), en Saônne-et-Loire. Au Solutréen, les hommes
atteignent l’apogée de l’art de la taille du silex. Le site de Solutré a notamment
livré de magnifiques pointes de sagaies, appelées feuilles de laurier. C’est aussi à cette époque qu’apparaissent les premières aiguilles à chas
en os. Au Solutréen apparaissent des oeuvres exceptionnelles, les plus étonnantes étant des frises sculptées en demi-relief.
- Le
Magdalénien (-16 000/-10 000ans), à celui de La Madeleine, en Dordogne. Les Magdaléniens miniaturisent et diversifient leur outillage de pierre.
Ils créent de nombreux objets en os (harpons, propulseurs...) qui améliorent leurs conditions de vie de chasseurs. Ce sont les Magdaléniens
qui s’avèrent les grands artistes de la préhistoire : ils ont gravé, sculpté, et surtout peint les parois d’un grand nombre de
grottes de France et d’Espagne avec une maîtrise de la technique et une puissance d’évocation qui nous étonnent encore aujourd’hui ! Chichement éclairés
par la lueur vacillante de leurs lampes, ces artistes n’ont pas craint de s’aventurer tout au fond de grottes obscures. Ils ont choisi avec soin les supports
sur lesquels ils allaient travailler, tirant parti d’éventuels reliefs de la roche. Parfois même, ils ont même préparé la surface à décorer.
Pour pouvoir atteindre des surfaces trop hautes, ils ont dû bâtir de véritables échafaudages,
au moyen de troncs ou de branches assemblées avec des cordes. Les graveurs avaient à leur disposition des pointes de silex, des lames et des burins. Leurs
incisions étaient colorées. Les sculpteurs ont également utilisé des outils de silex : percuteurs, couteaux, burins, grattoirs... La palette
des peintures comprenaient le noir (charbon de bois ou oxyde de manganèse), le blanc (kaolin) et surtout le rouge, les jaunes et les bruns (ocre).
Ces substances minérales étaient utilisées telles quelles ou broyées dans un mortier de pierre. La poudre obtenue était ensuite diluée avec de l’eau,
de la moelle, de la graisse, le suc de certaines plantes ou même de l’urine ou du sang. Pour appliquer ces couleurs sur la paroi, les artistes ne manquaient pas d’outils : leurs
mains et leurs doigts ; des crayons de matière colorante (bloc d’ocre par exemple) ; des pinceaux en fibres végétales ou en poils d’animaux : des brosses végétales
ou des tampons en mousse ou en fourrure. Ils connaissaient la technique du pochoir, comme le prouvent les nombreuses mains retrouvées sur les parois des grottes (notamment “Gargas” -Haute-Garonne),
qui se détachent en négatif sur un fond de couleur. Ils avaient même inventé la peinture au pistolet : la matière colorante était soufflée sur
la roche au moyen d’un os creux. Leurs sujets de prédilection : les animaux de leur environnement. Mais ils ont aussi tracé des signes mystérieux et quelques figures humaines. Les travaux
du préhistorien André Leroi-Gourhan lui ont permis de vérifier que la composition des oeuvres était très organisée : on retrouve les mêmes représentations
aux mêmes endroits. Selon lui, l’association bovidé-cheval, la plus fréquente, pourrait symboliser le couple féminin-masculin.
Les hommes de la préhistoire ne faisaient évidemment
pas de l’art pour l’art : leurs oeuvres témoignent de leur conception de la vie. Les grottes qu’ils ont ornées ont peut-être été les sanctuaires d’une religion déjà complexe...
- L’Azilien (-10 000/-7 000ans), à celui du Mas-d’Azil,
en Ariège. La réchauffement climatique, contemporain de l’Azilien, entraîne des modifications de l’outillage. Petits grattoirs et pointes sont nombreux, et la miniaturisation se poursuit.
CONCLUSION
Contrairement à ce
que l’on croit souvent, les dolmens et les menhirs ne sont pas le fait des Gaulois. Ce sont des hommes du Néolithique, qui, partout dans le monde, ont érigé ces mystérieux monuments appelés mégalithes (grandes pierres).
Ceux que l’on trouve en France ont été surtout édifiés entre 4 500 et 2 500 ans avant J.C. Mais le Néolithique, l’Âge de la “Pierre nouvelle”, a débuté bien avant.
Il y a 10 000 ans environ, le climat s’est adouci, et la nature s’est faite plus généreuse. Jusqu’alors, les hommes préhistoriques étaient des prédateurs,
qui vivaient de chasse et de cueillette et se déplaçaient dès que leur environnement ne leur offrait plus assez de ressources. En inventant l’agriculture et l’élevage,
ils deviennent des producteurs de nourriture. Cette révolution s’ébauche dès le XIème millénaire avant J.C, dans une région propice, le croissant fertile,
qui s’étend des rives orientales de la Méditerranée jusqu’au nord du golfe persique. Un peuple, les Natoufiens, s’installe dans des villages permanents, aux endroits
où abondent des graminées sauvages bonnes à consommer comme le blé et l’orge...Peu à peu, ils se mettent à en récupérer les graines, à les
semer, puis à conserver leurs récoltes dans des silos. Ils commencent aussi à élever des animaux : cochons, moutons, chèvres et boeufs.
Au Vème millénaire avant J.C, en Amérique et en Asie, les mêmes techniques sont inventées de façon tout à fait indépendante.
En France, c’est au cours du VIème millénaire avant J.C que l’agriculture fait son apparition, sous l’influence de l’extérieur...A cette époque, les hommes taillent encore leurs outils dans la pierre, mais ils en polissent
le tranchant (c’est pour marquer l’apparition de la pierre polie que le mot néolithique a été créé au siècle passé). Ils abritent leurs morts dans les chambres des dolmens.
Les dolmens sont composés de dalles horizontales. Leur forme varie selon les régions et les époques. Ils sont souvent recouverts d’un tumulus de terre ou de pierre,
alors nommé cairn. Les menhirs, simples pierres dressées, aux dimensions parfois imposantes, ont été installés seuls ou groupés en alignements. Les cromlechs sont des
menhirs disposés selon des figures bien précises : en cercle, en demi-cercle, en rectangle... Diverses hypothèses ont été avancées pour expliquer le rôle
des menhirs : pierres commémoratives, bornes indicatrices, symboles religieux, repères astronomiques... Mais ils conservent encore leur mystère.
Avec l’apparition de métal (en Europe, le cuivre est connu à partir du IIIè millénaire, etle bronze, à partir du IIème millénaire avant J.C), puis l’invention de l’écriture, l’homme entre peu à peu dans l’Histoire...
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