Alesia

(ou le début de LA CONQUÊTE DE LA GAULE)

SOMMAIRE

* INTRODUCTION
* UN PAYS AGITE
* UN PAYS PROSPERE
* LA GUERRE DES GAULES
* UN VAINQUEUR IMPITOYABLE

INTRODUCTION

Cliquez sur l'image pour l'agrandir !Vers 60 avant J.C, la Gaule compte déjà environ 15 millions d’habitants. Les Gaulois, nos lointains ancêtres, étaient divisés en une centaine de tribus indépendantes. Les plus puissantes étaient les Bituriges, les Carnutes, les Eduens et surtout, les Arvernes.

Mais les Romains occupaient le sud de la Gaule et en avaient fait une province. Chaque tribu était dominée par quelques nobles appartenant à de riches familles. Ces nobles montaient sur leurs chars pour aller guerroyer. Car les Gaulois se faisaient souvent une guerre impitoyable. Ils avaient coutume d’enfermer leurs prisonniers dans des paniers d’osier et de les brûler vifs !

Des conflits fréquents opposaient donc les tribus et, à l’intérieur de chaque tribu, les nobles se querellaient sans cesse. Seuls les prêtres, appelés les druides, parvenaient à arbitrer ces disputes et à mettre fin au désordre, car on avait peur de ne pas respecter les décisions de ces juges si redoutés.

 

UN PAYS AGITE

A l’intérieur des tribus gauloises, régnait souvent la division. Les familles nobles qui détenaient toutes les richesses, élisaient chaque année un magistrat suprême qui portait le titre de vergobret. Elles préféraient, le plus souvent, recourir à la force pour arbitrer leurs conflits. Les nobles cherchaient donc à s’entourer d’hommes fidèles, armés, nourris et payés par eux. La puissance de ces grandes familles dépendaient du nombre de mercenaires et de clients qu’elles s’attachaient par leurs largesses. Orgétorix, un noble helvète, se trouvait par exemple à la tête de 10 000 personnes. De leur côté, les paysans accablés de dettes et d’impôts et les artisans des villes étaient toujours prêts à suivre, dans les jours de conflit, celui qui se montrait le plus généreux.

Celtill, le chef des Arvernes, qui voulait devenir roi, fut ainsi renversé par une émeute provoquée peut-être par son frère Gobannitio ; il fut condamné à périr sur le bûcher. Son fils, Vercingétorix, qui ne devait pas encore avoir dix ans, fut épargné, mais surveillé de près par son oncle.

UN PAYS PROSPERE

La Gaule était remarquablement située entre la méditerranée et l’océan Atlantique, et ses grands fleuves en faisaient un lieu de passage commode. Loin d’être des barbares, les Gaulois avaient une civilisation originale. C’étaient de bons laboureurs, sachant améliorer la qualité de leurs terres pour en tirer de meilleures récoltes ; ils se servaient d’outils agricoles perfectionnés pour l’époque. Les socs des araires, les houes et les pioches sont en fer comme aujourd’hui. Les faucilles et les faux sont identiques à celles que l’on trouvait dans nos campagnes au siècle dernier. Les paysans gaulois ont même inventé la première machine à moissonner à roues. Cette première moissonneuse est singulièrement astucieuse.
Portée sur un essieu à deux roues, elle est poussée par un mulet encadré dans un double brancard. L’avant est une grande caisse ouverte, avec des dents effilées à la base. En avançant, l’engin coupe, ou plutôt brise les tiges de graminées qu’un aide maintient plus ou moins droites pour les coucher sur les dents qui séparent la paille des épis. La terre est plus vite et mieux travaillée. Les rendements s’accroissent. Le paysan « engraisse la terre par la terre ». Dans un sol calcaire ou trop sableux, il apporte de la marne, des terres argileuses qui conservent mieux l’humidité du sol et fertilisent ainsi les champs. Chez les Pictons et chez les Eduens, où certains sols sont humides et profonds, le paysan apporte du calcaire.

Les Gaulois produisaient des céréales en abondance, du blé et de l’orge surtout. La Gaule est d’ailleurs, une grande région productrice de céréales du monde antique, à l’égal de l’Egypte ou de l’Andalousie. Elle dispose de nombreuses variétés de grains d’excellente qualité et fort appréciés. Les blés sont renommés pour leur légèreté et certaines farines pour leur blancheur.Dès lors, les peuples de Gaule peuvent vivre tranquilles : la famine est un fléau en voie d’être vaincu.

Depuis les temps préhistoriques, la chasse a été l’activité essentielle de l’homme, assurant la survie de l’espèce. Avec les Gaulois, celle-ci constitue toujours la principale activité humaine, mais elle prend un caractère “moderne” et devient même un plaisir et un sport.

Le chasseur Gaulois est essentiellement un cavalier. A cheval, il domine le paysage. Sa monture lui permet d’être plus rapide pour poursuivre et forcer le gibier, d’agrandir son territoire de chasse. Pour la première fois, le chasseur manie des armes en fer terriblement efficaces et meurtrières.

La civilisation celte, si l’on voulait la définir par l’espèce animale la plus caractéristique, serait certainement “la civilisation du sanglier”. Comme le renne ou le bison, dix millénaires plus tôt, le sanglier est animal “universel”. La bête entière est exploitable pour les besoins de l’homme. Mais sa force, sa violence, ses ruses en font un gibier redoutable. D’un coup de boutoir, il éventre les chiens qui le poursuivent.

Pour se garder de la dépradation des animaux sauvages, le paysan multiplie les enclos. Selon les régions, selon les matériaux qu’il peut utiliser, il dresse des barrières, édifie des murets de pierres sèches, plante et laisse pousser des haies. Ces enclos, variables en étendue et dans leur conception, utilisent au mieux les accidents naturels du sol : les uns servent à préserver les cultures, les autres permettent de parquer et de garder prisonniers les jeunes marcassins capturés vivants.
Accoutumés à l’homme qui les nourrit, ils deviennent des porcs. Leur viande, fraîche ou salée, constitue la base de l’alimentation du Gaulois.

Dans les campagnes, l’amélioration des techniques agricoles permet donc de développer l’élevage, aussi bien des chevaux, que des oies, des vaches ou des porcs. La Gaule devient un pays producteur de fromages variés et nombreux. L’abondance des cuirs, des peaux et des laines entraîne l’accroissement des petits métiers artisanaux. Bien que l’on rencontre fréquemment des maisons isolées, les paysans se regroupent et forment des communautés à la lisière des terrains de culture, des pâturages, des forêts ou des rivières.

Le milieu du dernier millénaire av. J-C, période du second âge du fer, correspond aux migrations celtes. C’est cette civilisation celte (ou gauloise) qui assure le triomphe du fer.

Le succès est immédiat, car le fer, minerai abondant, recueilli à la surface du sol ou extrait de mines nouvelles, va se substituer au silex (trop cassant), au bronze rare (trop mou et vite émoussé), et entre dans la fabrication des outils agricoles, des socs, des pioches, des haches du défricheur. De plus, le fer armera les lances et les épées des notables et des chefs gaulois. La lame de fer, d’un seul bloc, est longuement travaillée dans le sens de la longueur. De chaque côté, on soude de petits éléments de fer doux pour obtenir les deux tranchants. Le fourreau est en fer, doublé par une mince tôle de bronze ajourée, agrafée par des rivets. Ainsi, des forgerons fabriquaient de grandes épées qu’ils savaient étamer, c’est-à-dire recouvrir d’une couche d’étain pour les rendre plus solides. Les artisans d’Alésia auraient même inventé, dit-on, l’étamage.
Les analyses faites aujourd’hui dans des laboratoires ont montré que leurs armes étaient très résistantes. Les casques surmontés de trompes et de cornes fantastiques sont très répandus.

La production de minerai de fer, d’or, de cuivre, d’argent animait donc, une industrie active. Les émailleurs exportaient leurs bijoux, des fibules, des bracelets et des colliers jusque dans la vallée du Danube.

Une immense forêt d’arbres feuillus occupe alors la majeure partie de la Gaule. Les Gaulois savent s’adapter à ces vastes domaines où poussent le chêne, l’orme, le sapin ou le châtaignier. Ils y vivent ; ils en vivent.

Les Gaulois exploitent la forêt méthodiquement. Ils y chassent le gibier selon une tradition millénaire, le cerf et le sanglier surtout, mais aussi l’ours, le bison, l’aurochs et le loup. Ils ramassent ou cueillent les glands et les faines, les châtaignes ou les champignons.

Les métiers du bois sont fort prisés chez les Gaulois, servis par cette solide tradition forestière, mais aussi par ce nouvel outillage où le métal triomphe.

Après le forgeron, le charpentier et le tonnelier sont les grands artisans de la Gaule indépendante. Ils transforment la masse considérable des bois d’œuvre que les bûcherons abattent chaque saison. Ils débitent, ils façonnent les pièces de charpente, de maisons ou de ponts, ou même de vaisseaux. Ils se spécialisent dans toutes les transformations du bois : la fabrication des ustensiles ménagers, des outils agricoles et même des machines. Le charron cercle de fer les roues, comme le tonnelier cercle les seaux, les tonneaux, les baquets. Les petits métiers du bois sont florissants : les feuillardiers travaillent les écorces souples des châtaigniers ; les charbonniers débitent les taillis pour alimenter les meules de bois, nécessaires pour la fusion du minerai ; les sabotiers creusent des bûches choisies pour sabots et galoches ; les menuisiers fabriquent coffres et tabourets ; les vanniers tressent les osiers pour des paniers, des ruches ou des coffres de char. Le bois reste essentiel dans la technique de défense. Il entre dans la construction des simples palissades, puis dans celle des murs de retranchement plus complexes. Le « mur gaulois », fort bien décrit par César à Avaricum(Bourges), est « universel ». On le retrouve à Bibracte, à Alésia, à l’Impernal (dans le Lot), à Hastedon (près de Namur), à Altkönig (au nord de Mayence). Mais c’est dans la fabrication des chariots que les Gaulois excellent. La roue gauloise au bandage de fer sillonne l’Europe, le pourtour méditerranéen et l’Asie Mineure.

Le chariot prend une telle importance que le chef gaulois, seigneur de la terre, se fait enterrer avec son char, comme le viking, seigneur de la mer, se fera enterrer avec son navire.
Enfin, sur le sol gaulois, peut-être plus que partout ailleurs, la vie puise ses forces vives au plus profond des entrailles de la forêt.

Les Gaulois apprennent vite, aussi à tirer parti du milieu maritime. Les Vénètes, qui habitaient le sud de la Bretagne, étaient de hardis navigateurs. Bravant les flots sur leurs bateaux à fond plat, ils allaient jusqu’en Angleterre et ils en rapportaient de l’étain, des esclaves et des chiens qu’ils revendaient aux autres tribus. Ils organisent une puissante marine de guerre. Les Gaulois savaient aussi confectionner le savon, et ils avaient fait encore bien d’autres inventions remarquables.

Depuis le IIIè siècle avant Jésus-Christ, les cités frappaient leurs monnaies, semblables aux pièces émises par Philippe II, père d’Alexandre le Grand. Ces pièces représentaient une tête de Dieu sur une face et un char attelé sur l’autre. Les Gaulois savaient profiter de leurs richesses ; ils aimaient les banquets copieux et bien arrosés. Grands amateurs de charcuterie, de laitages, de bière et surtout de vin, ils sombraient souvent dans l’ivresse !

Avant la conquête romaine, les négociants italiens parcouraient déjà la Gaule, jusqu’aux rives du Rhin. Ils y échangeaient des tonneaux de vin contre des esclaves.

LA GUERRE DES GAULES

Plusieurs hommes se disputaient alors le pouvoir à Rome. Pour triompher, et se placer à la tête de la République romaine, il fallait à César deux choses : la gloire militaire et de l’argent, car il était couvert de dettes.

Avec ses riches terres à blé et ses divisions internes, la Gaule semblait une proie facile. Depuis l’invasion des Cimbres et des Teutons, vers 110 avant J.C, les Gaulois vivaient dans la terreur des peuples germains venus d’outre-Rhin. Vers 60 avant J.C, Arioviste, un chef germanique, cherchait à renouveler les exploits des Cimbres et des Teutons.

En 58 avant J.C, les Helvètes, pressés par les Germains, décident de gagner l’ouest de la Gaule. Les légions romaines entreprennent la conquête systématique de la Gaule.
Sous prétexte de protéger les Eduens, alliés de Rome, César pénètre en Gaule : il bat les Helvètes et repousse ensuite Arioviste au-delà du Rhin.
César s’attache ainsi la reconnaissance de la noblesse gauloise qui l’accueille en libérateur et accepte de servir dans l’armée romaine, avec la cavalerie auxiliaire. Vercingétorix, lui-même va servir, pendant six ans, dans l’armée de César, s’initiant ainsi aux méthodes de guerre de l’armée romaine. En six ans, César impose son joug à l’ensemble de la Gaule en battant les Belges et les Vénètes.

César croyait probablement les Gaulois plus naïfs ou plus lâches qu’ils n’étaient en réalité. Au bout de six ans de présence en Gaule, César apparaît maintenant comme un conquérant tyrannique et cupide. La révolte gronde. Dans l’hiver de l’année 52 avant J.C, Vercingétorix, âgé de vingt ans environ, enrôle une armée de mécontents et entre dans Gergovie, sa capitale, où ses partisans le proclament roi des Arvernes. Il envoie alors des ambassadeurs auprès des diverses cités gauloises pour les inciter à se révolter contre Rome. Vercingétorix communique son enthousiasme à tous ceux qui l’écoutent : « Ne vaut-il pas mieux mourir en combattant, leur dit-il, que de ne pas retrouver la liberté que les ancêtres nous ont léguée ? »

Ce sont les Carnutes qui donnent le signal de la révolte. Ils massacrent des marchands romains à Genabum (Orléans). Dix heures après, grâce à un système de signaux par feux, transmis à travers la campagne, la nouvelle parvient aux pays des Arvernes, à 240 kilomètres d’Orléans. Plusieurs tribus et tous les peuples proches de l’océan Atlantique se joignent aux Arvernes. Mais l’ensemble des tribus révoltées ne représente alors que la moitié de la Gaule. A l’unanimité, Vercingétorix est élu leur chef suprême.

Au printemps de l’année 52 av. J.C, le soulèvement général des peuples gaulois éclate sous le commandement du jeune chef arverne Vercingétorix. A l’annonce de celui-ci, César franchit en plein hiver les montagnes des Cévennes couvertes de neige et envahit le pays des Arvernes qu’il met à sac. Puis il met le siège devant Genabum ; il prend la ville et réduit sa population en esclavage. Les premières rencontres entre la cavalerie gauloise et l’infanterie romaine démontrent aux Gaulois le danger d’affronter les légions de César en bataille rangée. Vercingétorix adopte alors une nouvelle tactique : il organise la résistance sur des oppida imprenables et pratique la politique de “la terre brûlée”, détruit les approvisionnements, incendie les villes et villages pour affamer les légions de César. « tout cela vous paraît de trop durs sacrifices, dit-il aux chefs gaulois, mais ce sont des douleurs tout autrement terribles de voir vos femmes et vos enfants réservés à l’esclavage et vous-mêmes à la mort ». Mais Avaricum (Bourges) refuse la destruction, se faisant fort de résister. C’est une brèche dans le dispositif militaire gaulois.

Après un siège héroïque de 27 jours, “la plus belle ville de Gaule” tombe aux mains des Romains qui pillent et massacrent ses 40000 défenseurs. César décide alors d’attaquer Vercingétorix le plus vite possible : il veut porter la guerre en pays arverne et prendre la capitale des rebelles, Gergovie. Cependant, Gergovie, la citadelle de Vercingétorix au coeur du pays des Arvernes, résiste admirablement. Car l’oppidum occupe le sommet d’une vraie montagne, difficile à escalader. Vercingétorix avait disposé ses troupes sur tous les sommets qui entouraient la ville. Tous les jours, la cavalerie gauloise attaquait les détachements de l’armée romaine chargés d’assurer le ravitaillement en vivres et en fourrage. César ne peut appliquer la fameuse tactique du siège : les remparts et les tours romaines ne peuvent couper Gergovie du reste du monde. Ne pouvant abandonner un siège commencé et reconnaître ainsi sa défaite, il ne restait à César qu’une solution : attaquer Gergovie par surprise.

Or, justement, César avait remarqué que, à l’heure de la sieste, un secteur du mur d’enceinte était peu protégé par les Nitiobriges. Vers midi, les troupes de César franchissent donc, en silence, les 1 800 mètres qui les séparent du mur d’enceinte. Mais Teutomate ne se laissa pas surprendre par la ruse des Romains et avertit Vercingétorix qui lança ses hommes contre les assaillants et sema la panique. 700 soldats et 46 centurions romains furent tués. Refusant la défaite, César disposa ses légions en ordre de bataille face à Vercingétorix qui ne bougea pas. Victorieux, Vercingétorix rallia les indécis. Les Eduens, alliés de Rome, rejoignirent aussi le camp des révoltés. César doit finalement abandonner le siège. C’est la défaite pour les Romains qui ont pourtant la meilleure armée du monde antique.

Devant la menace que représente le ralliement des puissants Eduens à la coalition des Gaulois, César décide alors de rejoindre à marches forcées les quatre légions de son lieutenant Labienus, qui se trouvait plus au nord, dans la région de Sens. En marchant jour et nuit, il parvient à franchir la Loire en crue avant l’arrivée de l’armée gauloise car, tandis que les légions romaines battent en retraite, les troupes de Vercingétorix s’acharnent et les harcèlent sans relâche. Ayant rejoint Labienus dans la région de Langres, César décide de faire retraite vers la Province romaine et donc de quitter la Gaule. Les Romains descendent la vallée de la Saône. Vercingétorix, peut-être trop confiant, renonce alors à sa tactique de guérilla. Il veut surprendre l’armée romaine en colonnes de route, c’est-à-dire étirée sur plusieurs kilomètres et encombrée par ses bagages. Il l’attaque en rase campagne.
Le plan semble réussir.
L’avant-garde romaine cède. “Les cavaliers eux-mêmes transformèrent cette mission modeste et raisonnable (de harcèlement) en folle équipée”, déclare l’historien Albert Grenier. “Chacun jura (...) de ne pas rentrer (...) sans avoir traversé deux fois la colonne ennemie. Et ce fut la superbe mais funeste chevauchée”. Une habile manœuvre des légions, l’intervention inopinée de la cavalerie germaine payée par César, déclenchent la panique chez les cavaliers gaulois. Vercingétorix, alors sur la défensive, doit s’enfermer avec ses hommes dans Alésia (Alise-Sainte-Reine), un oppidum réputé imprenable, dans lequel il avait fait entreposer des provisions suffisantes pour tenir un siège de trente jours. Sur son éperon, Alésia domine la plaine des Laumes. Vercingétorix charge ses lieutenants d’aller rassembler dans toute la Gaule une énorme cavalerie de secours pour le délivrer.

Arrivé devant la place, César se rend compte que la colline d’Alésia met Vercingétorix à l’abri de toute attaque. Il fait donc remuer des masses énormes de terre, construire des tours et des doubles remparts dotés de chausse-trapes et de pièges, pour se garder des Gaulois d’Alésia et les priver de toute communication avec le reste du pays ; et protéger ses légions des Gaulois qui viennent les secourir.
Dans Alésia, les provisions s’épuisent, l’eau vient à manquer. Les chefs gaulois décident alors d’expulser de l’oppidum toute une tribu de la région, qui s’y était réfugiée, avec femmes et enfants. Repoussés par les Romains, les malheureux meurent de faim entre leurs compatriotes et leurs ennemis.

Fin août, l’armée de secours arrive enfin, commandée par Vercassivellaunos, un cousin de Vercingétorix. Une attaque simultanée des Gaulois échoue par deux fois. Un dernier assaut est lancé en même temps par Vercassivellaunos et par Vercingétorix. Les Romains, un moment en danger, sont sauvés par la cavalerie germanique. Dans la nuit, l’armée de secours se retire. Le lendemain, Vercingétorix se rend à César pour sauver ses compagnons.

UN VAINQUEUR IMPITOYABLE

Vercingétorix avait demandé à César d’épargner son peuple. Mais son vainqueur se montra implacable. Il envoya Vercingétorix dans un sombre cachot, à Rome. Les autres prisonniers gaulois furent réduits en esclavage : chaque soldat de l’armée romaine reçut ainsi un esclave en butin.

Après la chute d’Alésia, la résistance des Gaulois est brisée. César reste un an en Gaule pour achever la conquête du pays. Il fait preuve encore d’une grande cruauté. Sur son ordre, les défenseurs d’Uxellodunum, dans le Quercy, qui avaient été les derniers à le combattre, eurent tous le poing tranché. Puis César, qui a acquis la gloire en Gaule, veut s’imposer comme le maître de la République romaine. Il élimine ses rivaux, et s’empare des principales provinces romaines. A son retour à Rome, en l’an 46, il fait célébrer son triomphe sur les Gaulois. Il fait alors sortir Vercingétorix du cachot où il croupissait depuis six ans, pour qu’il figure en bonne place dans le cortège accompagnant le triomphateur jusqu’au capitole. La cérémonie terminée, il donna l’ordre d’égorger le jeune chef de la résistance gauloise.

La victoire de César à Alésia fait de la Gaule une province latine, protégée des invasions des Germains par la frontière du Rhin.
La Gaule a perdu son indépendance et, en partie, son originalité. Mais elle va connaître, pendant plus de deux siècles, la paix. Les turbulents guerriers deviennent de paisibles Gallo-Romains. Imitant leurs vainqueurs, ils abandonnent leurs braies pour revêtir des toges. Ils quittent les oppida pour venir vivre dans des villes animées, où s’élèvent des théâtres, des thermes ou des cirques. Les Romains construisent en Gaule de belles routes et de magnifiques ponts.

Mais les Gaulois conservent en partie leurs traditions, leur langue, leur religion, leurs façons de cultiver la terre, et leurs productions artisanales réputées. Un empereur romain, Caligula, doit même son nom aux « caligae », ces grosses chaussures militaires qui étaient une spécialité gauloise.

Les Gaulois vaincus ont donc eu une certaine influence sur leurs vainqueurs.


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