SOMMAIRE

PRESENTATION
HISTORIQUE
LE VILLAGE
LEGENDE
APPEL AU MECENAT

PRESENTATION

A mi-chemin de la route qui relie Foix à Lavelanet, une falaise curieusement déchiquetée se découpe dans le ciel. Cette place forte contrôlait la route qui venant de Foix pénétrait par l’ouest dans le Pays d’Olmes.
Le chemin d’accès longe tout d’abord la falaise, qui contourne ensuite pour serpenter dans un pré à forte pente. Sur la droite, la falaise très escarpée est entaillée d’une large faille au-dessus de laquelle les bâtisseurs ont lancé une voûte qui supporte un mur d’enceinte du château. Cette roche fissurée nommée « roca fisada » doit être à l’origine du nom de Roquefixade.
Le chemin conduit à une large place qui devait être la cour du château. Vous remarquez alors les vestiges du logis seigneurial, très abîmé, ainsi que quelques traces du donjon, sur le point le plus élevé de la barrière rocheuse. L’entrée du château, à proprement parler, se faisait par un châtelet, dont les deux portes successives, très étroites et taillées dans la roche étaient munies de deux herses entre lesquelles se trouvait un assommoir dont il reste quelques traces. L’ensemble est malheureusement très dégradé mais on devine tout de même au sommet, l’emplacement du donjon attenant à la courtine supportée par la voûte qui enjambe la faille. La cour basse qui occupe les trois quarts de la superficie est entourée de courtines prolongeant la ligne formée par les crêtes.
L’ensemble bénéficie d’une superbe vue sur le village et la vallée de Lesponne.
Le panorama est extraordinaire car on y découvre grâce à un angle de 360°, la chaîne des Pyrénées, le Pays d’Olmes, Montségur, les Corbières, le Lauragais…
Roquefixade est encore aujourd’hui une vaste forteresse qui compte plus d’une centaine de mètres de long.

HISTORIQUE

Roquefixade, juché en haut d’un rocher abrupt, se contemple tout d’abord du village en contrebas. A première vue, on dirait que c’est la nature qui a taillé la roche de cette façon. Le nid d’aigle suit parfaitement le contour de son pog. Les origines de Roquefixade sont très anciennes, il existait probablement dès le XIè siècle mais les premières mentions officielles du château remontent au XIIè siècle : le château fut propriété des Villemur au XIIè siècle.

En 1200, le mariage de Raymond de Péreille, seigneur de Montségur avec Corba de Lanta, dont la famille était propriétaire du château, y fut célébré. Cette famille, rendait hommage pour ce fief, aux comtes de Foix, qui le détenaient eux-même des comtes de Toulouse.

En effet, intégré dans le système de défense du Pays d’Olmes, Roquefixade dépendait des comtes de Toulouse qui avaient donné leurs droits sur ce château aux comtes de Foix.

Ces droits ont d’ailleurs été repris lors d’un conflit qui opposait les deux maisons en février 1243.

Roquefixade devient lieu de refuge cathare et résiste à la croisade contre les Albigeois. Le village situé à ses pieds, fut pris, brûlé et rasé par les troupes de Simon de Montfort. Il sera reconstruit quelques années plus tard sur ordre royal, suivant les plans d’une bastide et sous le nom de « Villeneuve ».

Nous ne savons pas exactement quel fut le sort réservé à cette seigneurie après la chute de Montségur en 1244. Quoiqu’il en soit, on la retrouve en 1272, puisqu’elle apporta son soutien au comte de Foix, lors de sa révolte contre Philippe III le Hardi.

Le Roi de France obtient en 1272 la reddition de Roquefixade, en même temps que celle du château de Foix. Devenue forteresse royale, une garnison composée de douze sergents d’armes, d’un guetteur, d’un portier et d’un chapelain y fut installée. Le château a été reconstruit ou du moins réaménagé (pour preuve le donjon rectangulaire qui servait de lieu de résidence au châtelain). Il fût renforcé, alors que le Roi de France fortifiait la frontière au sud du royaume car comme bon nombre de citadelles,

Roquefixade surveillait les routes, ici celle de Foix à Mirepoix, et cette surveillance faisait tout le prix (politique et stratégique) de ces forteresses qui communiquaient à vue (signaux lumineux).
En 1288, le village se vit octroyer une charte communale, dotée de privilèges.

La bâtisse, qui possédait une prison royale, fut confiée à un châtelain nommé par le roi, avec des appointements de 5 sols par jour. Il dirigeait une garnison constituée vers 1302-1303, d’un châtelain, d’un guetteur, d’un portier, de 12 sergents et de chiens de garde. La châtellenie ainsi constituée comprenait les villages de Saint Martin, Nalzen, Leychert, Saint Cirac, Soula, Enrivière. Plus tard, au tout début du XVIIème siècle, la seigneurie fut rachetée par les de Caulet, famille des capitouls toulousains. Elle passera ensuite dans la maison de Lévis par le mariage de Marguerite de Caulet, sœur du fameux François-Etienne, évêque de Pamiers, avec Jean de Lévis, baron de Lavelanet.

En 1632, Henri II, duc de Montmorency, gouverneur du Languedoc, souleva la province contre le pouvoir royal. Battu à Souilhe, près de Castelnaudary, il fut décapité à Toulouse (29 octobre 1632). La veille de son exécution, Louis XIII, venu dans la « ville rose », décida de la démolition de divers châteaux qui pouvaient représenter un danger en cas de révolte et qui de surcroît étaient d’un entretien coûteux. Roquefixade en fait partie

« Or, par le bonheur de cette paix générale, les habitants du pays de Foix vivant sans plus parler de rebelles ni mutins, considérant les frais et dépenses extraordinairement employés annuellement pour les gardes des châteaux de Roquefixade, Montaut, Tarascon…places totalement inutiles à son service, néanmoins grandement onéreuses et dommageable à ses sujets, en ladite année 1632 et le 28 octobre, en ordonna le rasement et démolition entière. En raison de quoi, la commission en fut expédiée en bonne et due forme au sieur de La Forest Toyras, gouverneur de la ville et du château de Foix, dont la teneur suit ; Louis, pour le bien de notre service ordonne de faire raser les châteaux de Montaut…en notre pays de Foix, et celui de Roquefixade, en notre province de Languedoc…commettons et ordonnons par ces présentes, signée de notre main, pour vaquer incessamment et sans intermission au rasement et démolition entière des châteaux des susdits lieux, sans y rien réserver. A quoi vous ferez travailler par corvées ceux desdits lieux et des circonvoisins !
Signé : Louis et par le roi, Phélyppeaux.

Cette décision fut malheureusement exécutée dans le courant de l’année suivante, alors que certains éléments de construction du château sont datés des XVè et XVIè siècles.
Les ruines du château servirent de carrière de pierres aux habitants du village.

LE VILLAGE

Reconstruit au XIIIè siècle, selon les plans d’une bastide, le village ne présente aucun élément très significatif sinon, sur la place une sympathique fontaine (1841) qui accueille dans son bassin de paisibles poissons.

Sur la façade de la mairie, une pierre sculptée d’une croix et datée 1672.

Quant à l’église, d’origine romane, elle fut considérablement modifiée au XVIIè siècle. elle renferme un intéressant retable en bois doré, ainsi qu’un lustre à deux couronnes.

Il existe une croix de 1717 au bout du village.

Jeanne Lavelanet était une jeune fille née au hameau de Roquefixade ; elle était aimée, parce qu’elle était sage ; admirée, parce qu’elle était belle. Sa beauté devait la perdre. Souvent, elle passait de longues heures à regarder dans l’eau d’un ruisseau sa figure blanche et noble comme celle d’une châtelaine. Elle admirait également la forme exquise de ses pieds et de ses mains, la finesse et l’élégance de sa taille. Alors, elle soupirait de n’être vêtue que de simples camelots de laine, tandis que l’or et les pierreries brillaient sur les robes de brocard de la vieille dame de Roquefixade.

Un jour, Jeanne avait vu dans l’église du village le châtelain de Roquefixade, entouré de pages et de valets. Elle n’avait pas prié ; de coupables désirs étaient entrés dans son cœur.
“ Ah ! Pensait-elle, pourquoi être belle pour garder seulement des moutons ? Ne serais-je pas plus heureuse d’être faite comme les autres paysannes. Oh ! je voudrais devenir laide ou bien riche et noble...”

Comme elle rêvait encore, un mystérieux moine se trouva debout devant elle dans sa petite chambre :

- Je viens exaucer ton désir, dit-il. Je peux te rendre laide ou riche à ton choix.
Jeanne ne répondit pas ; la peur l’avait comme pétrifiée.
- Prends cet anneau, ajouta le moine ; tu n’as qu’à prononcer les paroles gravées autour, et ce que tu auras souhaité sera accompli.

En disant ces mots, il disparut. L’anneau était resté au doigt de Jeanne ; elle hésita longtemps à le garder. D’abord, elle voulut le jeter loin d’elle ; mais elle était curieuse. Au don de cet anneau, le moine n’avait attaché aucune condition ; d’ailleurs, en le gardant, elle était forcée de s’en servir. Elle le garda.

Depuis huit jours que le fatal anneau était en son pouvoir, Jeanne avait changé. Elle était devenue fière et hautaine ; et pourtant elle ne s’était pas encore servie de son talisman. Mais elle était devenue rêveuse et distraite : quand on lui parlait, elle ne répondait pas. Son anneau occupait toutes ses pensées ; elle brûlait d’essayer sa puissance, mais une voix secrète la retenait encore. Elle lutta contre ses désirs ; mais chaque jour elle fut davantage fascinée par le mystérieux pouvoir de l’anneau.

Un soir, retirée dans sa petite chambre, assise sur un escabeau, elle considérait ce funeste présent et songeait. Tout à coup ses cheveux se déroulèrent comme dénoués par une main invisible.

- Comme mes cheveux sont beaux ! s’écria-t-elle involontairement.
Puis elle dit tout bas :
- Si je voulais, je pourrais me couronner d’un chaperon de velours surmonté d’une couronne de comtesse. Oh ! que je serais belle, et que je voudrais me voir ainsi !

Et machinalement elle lut les toutes puissantes paroles de l’anneau.>

Aussitôt la chambre fut éclairée d’une vive lumière, et Jeanne se trouva assise devant un miroir curieusement ciselé. Ses beaux cheveux s’échappaient d’un chaperon de velours, une robe brodée de perles dessinait les gracieux contours de sa taille.

Et une voix mystérieuse lui disait :

- Jeanne, tu es aussi belle qu’une reine, et tu es plus pauvre qu’une paysanne. Il est beau d’être servie par des pages blasonnés ; il est beau d’être, dans un tournoi, saluée reine de la beauté. Vois comme ces parures te vont à merveille ; demande, et tout cela t’appartiendra.

Il lui sembla qu’un lourd sommeil s’appesantissait sur ses yeux. La voix devint de plus en plus faible, pour enfin cesser. Le lendemain, Jeanne se réveilla pleine d’espérance. Elle avait un immense désir d’acquérir toutes les magnificences de la noblesse.>

Quinze jours après, dans la chapelle du château de Roquefixade, un vieux chapelain bénissait le mariage du jeune comte de Roquefixade et de la belle Jeanne. Elle était donc devenue comtesse, cachant sous un antique blason sa naissance obscure et les humbles travaux de son enfance.

Albert de Roquefixade aimait Jeanne avec passion ; mais qu’importait à Jeanne d’être aimée : l’ambition n’avait laissé dans son coeur de place pour l’amour. Ce qu’elle voulait, ce n’était pas seulement un bel habit pour rehausser sa figure, mais la puissance d’une châtelaine, l’obéissance de nombreux vassaux, l’admiration des seigneurs. Elle était bien comtesse de Roquefixade, mais ce n’était qu’un titre ; à son époux appartenait le commandement.

Cette pensée devint son idée fixe, et elle n’était pas femme à s’arrêter devant un désir qu’il ne dépendait que d’elle de satisfaire.

Usa-t-elle du pouvoir de l’anneau ? Nul ne le sait ; on raconte seulement que pendant une nuit d’orage, des cris partirent de la chambre du seigneur de Roquefixade. On accourut ; il râlait l’agonie. Jeanne lui fit faire de somptueuses funérailles.

Désormais, la belle-mère restait l’unique rivale. Un soir de pleine lune, Jeanne pénétra dans la chambre de celle-ci. Vieille et impotente, la mère du défunt était une proie facile pour Jeanne.

- Que me voulez-vous ? demanda la vieille.
Je viens vous rapporter un collier, dit Jeanne d’une voix étrange.
La belle-mère prit le collier et peina pour fixer l’objet à son cou.
- permettez-moi de vous aider, dit Jeanne.
Elle prit les deux bouts du collier.
- Comme c’est dur, dit-elle.

En vérité elle avait déjà fermé l’agrafe et ses yeux contemplaient la nuque fine et lisse de sa belle-mère.

Ayant finalement vaincu sa dernière hésitation, elle posa ses deux mains sur le cou de la victime et serra avec force. Sous l’étreinte mortelle, la pauvre vieille ne put se défendre et rendit son dernier souffle en quelques secondes.

Six mois s’étaient écoulés. Dans la cour du château cent hommes d’armes étaient réunis. A la mine hardie des soldats, à leur joie mal contenue par la discipline, il était aisé de voir qu’ils allaient tenter quelque aventureuse expédition. Enfin, leur chef parut : il était vêtu d’une superbe armure, et tenait à la main une masse d’armes ; son casque était orné de plumes aux couleurs de Roquefixade ; la visière en était levée ; il laissait voir le visage de Jeanne.

A la douce physionomie de la jeune bergère avait succédé un air sévère et hautain ; elle s’élança légèrement sur son palefroi (cheval de parade) et partit au galop.

Ce n’était là que prélude à ses courses guerrières. Jeanne devint souveraine maîtresse de la châtellenie. Pour en arriver là, elle avait prononcé plus d’une fois les paroles magiques de l’anneau ; mais le succès n’avait pas assouvi sa dévorante ambition.

Assise seule et toute puissante sur son fauteuil seigneurial, la fière comtesse jeta d’avides regards autour d’elle, des regards d’aigle qui cherche sa proie. La nouvelle victime qu’elle choisit fut le sire de Fougas, un de ses voisins. Elle envoya sommer le baron de Fougas de venir lui rendre hommage comme à sa suzeraine.

- Dites à la comtesse de Roquefixade, répondit le baron, qu’en terre de France la quenouille ne doit jamais se heurter à l’épée.
- Quel mufle, dit l’orgueilleuse châtelaine en entendant la réponse. Il va apprendre à ses d&eac