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Foix et Mirepoix, un arrêt s’impose pour voir un ouvrage du XIIIè siècle appartenant à la commune de Montoulieu. Ce pont fortifié à deux
arcades, a été construit pour permettre l’accès de la rivière qui sépare
les villages de Ginabat et Montoulieu.

Une marche de cinq minutes est necessaire avant d’arriver sur le site.
Comme bon nombre de Pont en France qui porte le nom évocateur de «pont du Diable», une légende circule...
En
des temps forts anciens, les pauvres habitants de Ginabat et Montoulieu souffraient
d’un terrible isolement. La rivière étant impossible à traverser à cause de ses gouffres et
de ses tourbillons, ils leur fallaient se risquer à de périlleuses traversées des forêts
et des montagnes pour aller aux foires de Foix et de Tarascon.
Mais un jour, l’un des habitants passa un étrange marché avec le Diable : celui-ci s’engagea à construire un
pont à condition d’être payé par l’âme du premier qui le traverserait. Le pont à l’incroyable architecture fut construit une nuit ! Mais au matin, personne
ne se bousculait pour traverser, ça non... Alors, le plus malin des malins de Ginabat fit par surprise traverser le pont à...un chat ! La pauvre bête fut ainsi sacrifiée à la
communauté, mais le Diable pris de rage hurla et gesticula tant qu’il chuta dans la rivière, au milieu du tourbillon. Le curé de Ginabat eut alors tôt fait d’y jeter
un peu d’eau bénite et depuis, Lucifer tente vainement de sortir de ce tourbillon. Mais les passants sont rares sur cet antique ouvrage, car tous savent qu’un jour ou l’autre
le Diable pourrait bien remonter à la surface pour réclamer le
paiement de son oeuvre.
D’après
Olivier de Robert- Conteur

Ce matin-là, Raymond Roger (Comte de Foix), se leva de fort méchante humeur. Sans doute le sanglier mangé la veille au soir, passait difficilement. Bref il fit seller son cheval favori, et partit
au galop dans la montagne. Il eut tôt fait de traverser la ville et de s’engager sur la route qui borde l’Ariège, rive gauche, en remontant vers sa source. Il traversa Ferrières,
puis Prayols. Peu après, lui vint la fantaisie de passer sur la rive droite. Il poussa son cheval au bord de l’eau, mais à cet endroit l’Ariège est encaissée,
l’eau y est profonde, et le cheval refusa d’avancer. Furieux, le Comte fait demi-tour et rentre au château. Ce ne fut pas long ! Immédiatement, il envoie chercher le Baron
de Saint Paul, il lui commande de faire un pont sur l’Ariège, à tel endroit au-dessous de Montoulieu d’un côté, et du territoire de Saint Antoine de l’autre. Que ce soit
fait dans un mois…sinon, le Baron sera pendu haut et court, au sommet de la Tour Carrée. Aucune excuse n’est admise, tout est dit ! Et le comte se retire, laissant le pauvre Baron
de Saint Paul tout désemparé. C’est que celui-ci était un poète, insouciant du lendemain et dépensant dès qu’il avait quelques écus. Aussi n’avait-il
rien pour engager les travaux. Et lui qui chantait toujours, devint tout triste. Les jours se succédaient et aucune solution en vue. Il alla sur les bords de l’Ariège, à bout
de force il s’écria :
- « …Oh ! Je traiterais même avec le diable pour me sortir de ce mauvais pas !… »
- « …Tope là… » dit une voix derrière lui, et le diable lui tendit la main. « …Ton pont sera fait le jour fixé !
Que me donneras-tu ? »
- « …Mais…mais… »bredouilla le pauvre Baron.
- « Tu n’as pas d’argent, je le sais ! D’ailleurs regarde… » et, ramassant une pierre, le diable la lança et il en sortit des pièces d’or.
- « …Ce que je veux, c’est le premier qui passera sur le pont
! »
- « …Eh bien ! Entendu !… »…dit le Baron.
Et chacun s’en fut de son côté. Mais à partir de ce moment-là, le Baron fut encore plus triste. Il avait traité avec le diable…et donné vilainement l’âme du premier qui
passerait sur le futur pont. Bourré de remords, il alla où vont ceux qui ont besoin de réconfort, et partit à l’église St Volusien. Honteux de son péché, il se cacha derrière
le premier pilier de droite, et se prosterna en pleurant. Le frère sacristain aperçut cette masse noire et partit trouver le Révérendissime Abbé :
- « …Mon Père, dit-il, il y a un voleur à l’église !… »
- « …un voleur ! Comment ! Allons voir… »
Il y va et s’arrête un peu avant le piler, écoute et entend les sanglots.
- « …Ce n’est pas un voleur ! C’est un homme qui souffre… »et s’avançant, il frappe sur l’épaule du Baron :
- « …Venez mon ami !… » et il l’emmène à la sacristie où il reconnaît le Baron de St Paul. Celui-ci raconte son affaire, sa peine et confesse son péché.
Le père Abbé était très sévère, paraît-il. Ce qu’il lui dit ?
Passons, passons, ce n’est pas notre affaire, mais il dut lui passer un « savon » de première classe, et une pénitence assortie. Une fois la confession achevée, le révérend
père dit quelques mots à l’oreille du Baron, et cet incorrigible étourdi en eut le sourire. Il rentra chez lui, sifflant comme un merle. Le lendemain était le jour de l’échéance. Toute la nuit, la vallée
retentit d’un bruit infernal. Pierres roulées, coups de marteaux ! Un chantier terrible ! Les gens de Montoulieu n’en dormirent point. Et le matin venu, le pont bâti, le diable s’installa
sur le parapet, attendant le premier client.
Aux premières lueurs de l’aube, arrive le Baron de St Paul, drapé dans une cape noire.
Le diable ricane :
- « …Ainsi, c’est toi qui va être le premier ! … »
- « …Non, non… » dit le Baron… « Le premier, celui qui est pour toi, (car il passe le premier sur le pont), le voilà ! », et ouvrant le palier caché sous son manteau, il délivre un énorme
chat noir, à la queue duquel est attachée une casserole. Le chat détale à toutes pattes et traverse le pont. Furieux, le diable veut se précipiter sur le Baron quand…d’un repli du terrain, émerge
la procession des moines de St Volusien, chantant des litanies des saints, avec la croix en tête et le père Abbé tenant le goupillon et aspergeant le pont d’eau bénite.
Le diable avait détalé. Pendant de longues années, peu de personnes osèrent s’aventurer la nuit à traverser le pont. Celles qui le firent ne sont jamais revenues. Le diable se vengea ainsi
dit-on. Depuis près de 10 siècles, plus de traces de lui. Si
vous allez vous promener là-bas et que vous le rencontriez, alors, c’est que c’est vous qui l’avez amené !
C’est du moins ce que l’on racontait le soir, à la veillée.
(« La legendo del pount del diable » tirée du livre« La Mandrette- Mémoire d’Ariège » -
Ed. LACOUR/REDIVIVA)
 Tel
est le récit type à l’origine légendaire des nombreux ponts du Diable qui enjambent les rivières, nestes, rius, torrents, gaves et rios pyrénéens de
part et d’autre de la chaîne. Tel quel, le conte reste toujours vivant dans la mémoire populaire en Ari&eg ou à Tarascon.
Les archéologues et les historiens des voies de communication ont noté une constante : la plupart des grandes voies antiques ont utilisé des crêtes en évitant au maximum la traversée des
rivières. Il est possible que le fait de construire un édifice sur un cours d’eau ait provoqué des craintes superstitieuses liées à la croyance en des génies des Eaux
plus ou moins favorables. Et le tribut à payer au Diable, seul capable d’enfreindre le tabou, pourrait nous remémorer l’existence d’anciennes offrandes destinées à calmer
ces divinités. Le jet de pièces de monnaie dans les gués relève de la même mythologie, l’argent représentant un succédané de ces offrandes
et l’archéologie a confirmé la longévité de ces pratiques.

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