SOMMAIRE

INTRODUCTION
HISTORIQUE
LA VISITE DU CHÂTEAU
QUI SONT LES “Lévis” ?
L’ASSOCIATION CATHY-YANNICK

INTRODUCTION

Situé à 5 km de Camon, Lagarde est un village bâti au pied du château du même nom sur la route de Mirepoix.

Le château de Lagarde de forme quadrangulaire, se composait de quatre grandes tours carrées flanquées à chaque angle, et reliées entre elles par d’imposantes courtines et bâtiments d’habitation.

Aujourd’hui il n’est plus qu’une ruine, mais ses dimensions impressionnantes témoignent de sa splendeur passée. Malheureusement, l'entretien important que nécessiterait un tel ouvrage pénalise sa mise en valeur. Perdu au milieu d'herbes dépassant un mètre, les ruines du château de Lagarde ne donnent pas un bon aperçu de ce qu'il devait être il y a encore quelques siècles.

De plus, comme il est encore aujourd'hui propriété privée, et il n'est donc pas possible d'y pénétrer sans autorisation.

HISTORIQUE

Le site de Lagarde fut occupé très tôt du fait de sa position idéale. Bien que se trouvant dans une plaine vallonnée, il commandait à un point de passages importants, la vallée de l’Hers. Même si les textes manquent pour affirmer d’une manière certaine, on pense que les Romains, les premiers, s’implantèrent sur le petit mamelon où se trouve actuellement le château. Ils y construisirent un castrum cerné d’une palissade en bois.

Lors des invasions barbares, les Romains furent chassés par les diverses vagues successives. Les Wisigoths se fixèrent sur les lieux et construisirent une «ferté» à la place de l’ancien castrum. Le talus castral existant fut sans doute remblayé pour surélever sa position. Un donjon central totalement bâti en bois, au mieux sur une base de pierres, était entouré d’une palissade. Il ne reste rien de cette construction du fait des matériaux employés.

On ne trouve mention du site avec certitude qu’à partir du XIIèe siècle, il apparaît alors dans les textes sous l’appellation de «Villam de Garda». A cette époque, la seigneurie de Lagarde fait partie des possessions du roi d’Aragon, sous suzeraineté théorique des Comtes de Toulouse, tout comme Mirepoix dont elle suivra le destin. Un château existait déjà à cette date, peut-être reconstruit par Alphonse II d’Aragon. Difficile en l’état actuel d’émettre une hypothèse quelconque sur sa configuration. Seul un pan de mur nous est parvenu, peu discernable. Inséré dans les constructions ultérieures au sein du mur nord, on y devine encore une meurtrière. A la fin du XIIème, la possession passa par mariage dans la famille des Comtes de Foix. Le 12 décembre 1197 Pierre roi d'Aragon et Comte de Barcelone en fait donation à Guillaume de Lordat.

Aucun texte ne vient mentionner le rôle que joua Lagarde lors de la croisade contre les Albigeois. Les croisés, qui concentrèrent leurs efforts sur Mirepoix, semblent avoir négligé Lagarde qui ne devait pas représenter un intérêt stratégique de premier ordre, peut-être du fait de sa proximité avec la cité mirapicienne. Lagarde, en revanche, fit partie avec la seigneurie de Mirepoix et d'autres terres de la donation que Simon de Montfort octroya à son féal, Guy de Lévis, Maréchal des croisés (1209, officialisé par le traité de Paris de 1229). Lors de récents travaux de déblaiement menés par Fernand Birebent (1991), une pierre fut retrouvée dans les fossés du château : on y distingue, outre le blason de la famille de Levis, six tours représentant les six seigneuries qui constituèrent la «terre du Maréchal», toutes détachées des possessions fuxéennes.

Dans un premier temps, la famille de Lévis à Mirepoix pour extirper les derniers soubresauts du catharisme, installa une petite garnison dans l’ancien château des rois d’Aragon. Cependant, la loi de Paris, qui ne fut pas imposée aux populations conquises, régissait l’héritage des croisés puis de leurs enfants. A la mort de Guy III, en 1299, un premier partage eut lieu entre ses 14 enfants, dont 6 fils, issus de son premier mariage avec Isabelle de Montmorency Marly. Le cadet, François se décida pour la part constituée par les seigneuries de Lagarde et de Montségur, ainsi que quelques terres en Languedoc.

On est sûr en revanche, qu’il fit rebâtir le château de Lagarde au début du XIVème siècle. Les travaux semblent avoir duré jusqu’en 1330, comme le prouve la pierre de dédicace qui fut trouvée lors de fouilles («Mossen Frances de Levis senhor de Montségur et Madonna Elix de Lautrec sua an edicat asuest castel» - « Monsieur François de Lévis, seigneur de Monségur et Madame Elips de Lautrec, sa femme, ont dédié ce château»). L’ancienne forteresse d’Alphonse II ne présentait plus les garanties nécessaires à la défense du site ou bien elle avait été détruite. François fit édifier un grand château de forme carré, entouré de fossés. A chaque angle, quatre tours monumentales, également carrés, furent bâties. On peut noter en particulier l’absence de donjon central à Lagarde. L’entrée, par une porte basse, munie d’un pont-levis, se faisait initialement par le nord. Il est probable que cette ouverture ait été fortifiée mais les constructions ultérieures en ont fait disparaître toutes traces.

Sur la face sud, François de Lévis fit élever une cinquième tour qui servit alors d’entrée principale. Puissamment fortifiée, elle présente encore le système défensif de l’époque : herse, assommoir et porte massive, ne font en fait qu’une avancée de deux mètres, réduisant notablement le système défensif. Le rez-de-chaussée du corps de logis abritait deux salles réservées aux gardes. L’étage lui, mieux orienté car au Sud, fut attribué aux appartements seigneuriaux. La cour dallée, possédait un puits central collectant par un astucieux jeu de rigoles, les eaux de pluies. A l’Est, le corps de bâtiment abrita les cuisines tandis que celui de l’Ouest hébergea des écuries. Enfin au Nord, on trouvait la première chapelle du château, au rez-de-chaussée, accolée à la tour Nord-Est. Ce plan adopté par François de Lévis, est quasiment unique en France à cette époque.

La branche de Lagarde Montségur tomba en quenouille. Deux générations après François, l’héritière de la baronnie, Elips de Lévis, épousa son cousin Roger-Bernard. Rapidement, la branche aînée de Mirepoix délaissa le vieux château mirapicien pour s’installer à Lagarde. Quelques temps plus tard, Roger-Bernard connaîtra d’ailleurs la prison de sa demeure puisque son fils, héritier de sa mère, l’y fera enfermer lors de leur brouille, ainsi que le sergent royal venu le sommer de libérer son père.

Au siècle suivant, le château de Lagarde servit de scène à un véritable drame familial dont les deux «héros» furent Philippe II et son frère, Jean IV de Lévis, successivement seigneurs de Mirepoix. Tout jeunes, ils avaient dû s’enfuir précipitamment à Carcassonne pour échapper aux sbires du connétable d’Armagnac qui convoitait leur héritage, constitué par la vicomté de Fezensaguet. Plus tard, après une campagne harassante contre les Anglais, Philippe II rentra à Lagarde.

Sitôt arrivé, il fut assassiné par sa femme, Elips de Lévis Florensac et son amant, le régisseur du château, Maillorque. Jean IV accourut à Lagarde… qu’il trouva entièrement vide : Elips et son complice s’étaient enfouis chez Eustache de Lévis, évêque de Mirepoix et frère d’Elips, emportant tout. Jean porta plainte contre sa belle-sœur qui, après un procès riche en rebondissements, finit par être reléguée à Lavelanet. Maillorque quant à lui, déjà recherché en Aragon pour divers crimes, fut extradé et écartelé.

La génération suivante vit l’éclosion de deux frères également bâtisseurs : Philippe, évêque de Mirepoix, qui fit revivre la cathédrale, et Jean V qui entreprit de reconstruire Lagarde. Ce dernier fut un personnage influent : sénéchal du Languedoc, ambassadeur, diplomate et chef de guerre, il était chargé de surveiller la frontière espagnole. Ses nombreux déplacements notamment en Italie lui permirent de côtoyer les arts nouveaux et de les inclure dans la restauration du château où l’on ressent l’influence de la Renaissance. Dans un premier temps, il fit doubler l’ensemble des murs d’enceinte, et surélever les tours d’un étage. On peut noter, trait caractéristique de cette famille, que les rénovations n’entraînent pas de destructions : l’ancien servait de base au nouveau. Le corps de logis seigneurial au Sud, fut doublé en gagnant sur la cour dont les dimensions s’en trouvèrent réduites d’autant, et l’ensemble fut rehaussé d’un étage. Aucun plancher dans ces appartements, tous étaient voûtés en croisée d’ogives moulurées. Dans l’angle Sud-Ouest, Jean V fit apposer une tour d’escalier de forme ronde, qui n’est pas sans similitudes avec celle du château de Blois et qui à elle seule, nécessita dix mois de travaux. Abritant l’escalier d’honneur monumental, œuvre de Jean Moyen (1526), possédant une rampe en fer forgé conçue par Martin Chalandre, serrurier de Mirepoix (1529) et Gabriel Blanc, de Lagarde, elle est couronnée d’une rosace de pierre portant le blason de la famille. Un beffroi bâti en retrait, couronnait le tout. Dans l’angle opposé, une tour identique (tour du petit escalier), de dimensions plus réduites fut bâtie. La chapelle fut transportée à l’entrée du logis seigneurial, débouchant directement sur la tour d’escalier. La terrasse extérieure, dite plus tard «terrasse du massif» fut élargie et agrémentée aux quatre angles, de bastions défensifs semi-circulaires, reliés entre eux par des courtines souterraines. On peut noter que les travaux ont été effectués par des artisans mirapiciens.

De cette construction de Jean V date le bastion Nord, en milieu de terrasse, qui par la suite fut modifié en tour donnant accès au potager. Le pont-levis quant à lui formant avancée au Sud, s’appuya sur une base similaire à ces bastions et était probablement défendu par une bretèche. Ainsi rénové et amélioré, Lagarde devint une forteresse imprenable qui s’insérait dans une ligne défensive protégeant la frontière franco-espagnole.

La puissante famille de Lévis ne cessa d’accroître ses possessions. Au XVIIème siècle, le titulaire du marquisat de Mirepoix, Alexandre de Lévis, habitait le château avec sa seconde épouse, Louise de Roquelaure et leurs deux fils. Une nouvelle fois, les Espagnols, ennemis héréditaires, tentèrent d’investir le Languedoc et s’emparèrent de Leucate par un coup d’audace (1637). L’armée française s’ébranla, avec dans ses rangs Alexandre, afin de reprendre sa place.

Après une journée de combat, au soir tombant, la ville fut prise ; mais l’ardeur guerrière du marquis de Mirepoix fut tranchée net par une balle de mousquet lors de l’attaque du fort Sebellon (27 septembre 1637). Louise de Roquelaure se retrouva seule à la tête du marquisat durant la minorité de ses fils.

Elle entama alors la restauration de Lagarde. Dans un premier temps, elle rénova les bâtiments de Jean V, faisant perdre au château ses allures de forteresse et ajoutant un étage aux courtines nord. La partie sommitale des tours et des corps de bâtiments fut agrémentée de statues antiques de quatre mètres de haute et le pont d’entrée fut d’un porche avec grille. Quant au bastion Nord, il fut arasé pour laisser place à une tour avec passerelle qui mena au jardin potager. En dessous, une porte et un passage furent aménagés, communiquant avec les fossés.

Tout autour de ceux-ci, une large terrasse naquit, reliée au château par un pont à l’est avec aux quatre angles, des tours monumentales à la base évasée. Celle du nord-ouest, la plus basse servait d’entrée : une porte de fer permettait d’accéder à la terrasse.

Au Nord, un grand jardin potager fut planté, entouré d’un mur de pierres. En bout de champ, diverses bâtisses furent édifiées : bergerie, écurie pour les étalons, petite maison d’habitation ainsi qu’un magnifique pigeonnier sur pilotis. Au sud, une rampe d’accès avec arche voûtée, permettait d’accéder à la maison du régisseur et aux jardins à la française qui s’étageaient au Sud et à l’Ouest du château sur 15 hectares. Accolé au mur Ouest, un magnifique escalier vénitien permettait d’atteindre l’allée principale. Louise de Roquelaure voulut également doter Lagarde d’une salle de réception. A cet effet, on voûta la terrasse Nord, en s’appuyant sur le mur du vieux château. A la fin des travaux qui s’échelonnèrent sur 30 ans, Lagarde mérita pleinement son surnom de «Versailles du Languedoc», étant le château le plus vaste de Midi Pyrénées. L’ensemble des corniches et des terrasses fut orné de balustres. Les quatre tours du château, sur trois étages, étaient éclairées par de grandes fenêtres rectangulaires. Celles du premier étage étaient, en outre, agrémentées d’un balcon. Le corps de bâtiments, également sur trois étages, possédait aussi des fenêtres rectangulaires sur les deux premiers niveaux, ovales au dernier palier.

Lagarde connut peu d’améliorations notables jusqu’à la Révolution, hormis sous le marquis Louis Marie François Gaston de Lévis qui remis diverses pièces au goût du jour et fit élargir les fenêtres (1772). Se trouvant à Versailles, Louis XIV lui fit le reproche de le voir peu à la cour. Il lui répondit : « Sire, on voit bien que votre majesté ne connaît pas Lagarde» ; ce qui suffit à décrire ce que fut le château à cette époque.

Il avait accédé à la tête de la seigneurie à la mort du maréchal-duc de Mirepoix, décédé sans enfants en 1757. Issu de la branche de Léran, il dut soutenir un procès contre son cousin, le marquis de Lévis Gaudiès, qui prétendait à cet héritage en tant qu’aîné de la famille. Ayant obtenu gain de cause (21 août 1759) devant le parlement de Toulouse, il quitta le château de Léran pour s’installer à Lagarde. En 1789, le marquis et son fils sont élus députés de la noblesse du Languedoc aux Etats généraux. Si Philibert Charles Marie Gaston de Lévis monte siéger à Paris, son père en revanche préfère rester sur ses terres d’où il observe les débuts de la Révolution.

Comprenant que son monde est en train de s’effondrer, il dépose ses archives à Toulouse et se réfugie à Rome dès le 29 octobre 1789. Son fils, à qui il lègue tous ses biens le 20 août 1791, tente par tous les moyens de sauver l’héritage familial. Mais malgré son adhésion aux idées révolutionnaires, Lagarde et l’ensemble de ses domaines sont vendus comme biens d’émigré. En octobre 1792 le château sera pillé par la garde nationale; et Charles-Philibert de Lévis monte sur l’échafaud sous la terreur (le 28 mai 1794). Le marquis de Mirepoix, quant à lui, meurt en exil à Venise le 23 février 1800.

Lagarde fut racheté par Monsieur Loup, puis revendu à un carrier, Monsieur Merlane, initialement chargé par la Convention nationale de démanteler les terrasses et fortifications qui pouvaient servir d’abri aux contre-révolutionnaires (arrêté du 10 floréal an II). En fait, il préféra vendre les plus belles pierres des bâtiments d’habitation ce qui s’avéra beaucoup plus lucratif. A titre d’exemple, les pierres de Lagarde servirent à bâtir l’hôpital de Castelnaudary.

Entre-temps, les habitants de Lagarde avaient envahi le château et dérobé tous les objets de valeur, saccageant les pièces.

Le village initial, de l’autre côté de l’Hers, fut abandonné et un nouveau, entièrement construit avec les matériaux du château, édifié à l’emplacement des jardins à la française. Par la suite, la bâtisse fut réquisitionnée à divers usages : dépôt d’armes, écuries, usine de salpêtre pour la poudre des fusils, entrepôt de fourrage pour l’armée des Pyrénées Orientales (26 thermidor an II), ce qui entraîna l’arrêt de la démolition.
Rentré d’immigration, Athanase Gustave Charles Marie de Lévis rachètera les châteaux de Lagarde et de Léran (14 octobre 1805). Devant l’ampleur des dégâts, il préférera regagner Léran, berceau de sa famille. Au milieu du XIXème siècle, Lagarde sera racheté par le sénateur Vigarosy, maire de Mirepoix, avant de retourner à la famille de Lévis. Le duc Adrien Charles Marie Guy envisagera même de reconstruire le château mais reculera devant l’énormité des dépenses qu’il aurait fallu engager. Toutefois, lors de la restauration de Léran, il inclura certains éléments prélevés à Lagarde dont les voûtes en croisées d’ogives et tentera de retrouver les objets qui avaient été dérobés dans le château.
Petit à petit, Lagarde s’enfonça dans l’oubli, veillant tristement sur le village endormi à ses pieds. Il n’échappa cependant pas aux pilleurs de tout poil qui surent deviner en lui quelques richesses oubliées. Les vols de pierres se multiplièrent, accélérant encore l’agonie du Versailles terrassé, malgré son classement comme monument historique en 1889.

En 1986, le duc de Mirepoix vendit les ruines. A compter de 1990, une petite équipe de bénévoles, sous la conduite de Fernand Birebent, tenta durant près de cinq ans de sauver le colosse : les fossés furent déblayés, les abords et la cour nettoyés, les gravats triés et sortis. Toutefois, le travail accomplis, titanesque, ne fut pas reconnu à sa juste valeur, et le bénévolat, comme souvent, s’épuisa faute de réelle volonté d’aide. A l’heure actuelle, il est à craindre que Lagarde abandonné de tous, ne survive longtemps aux efforts conjugués pour accélérer sa ruine.

LA VISITE DU CHÂTEAU

Ce qui frappe à Lagarde, quand on y pénètre, c’est cette impression de douleur mais également de sérénité face à ces ruines pathétiques qui révèlent d’emblée la magnificence qui a régné en ces lieux. Pour entrer dans le château, on emprunte une rampe d’accès, actuellement fermée par un portail de fer, qui a été considérablement tronquée lors de la construction du village. Seule deux arcades voûtées, qu’il a fallu étayer récemment subsistent de la construction initiale. Au sommet, on débouche sur les terrasses construites par Louise de Roquelaure. Initialement ouvertes, les arcades que l’on distingue encore depuis la place, ont été murées. Les salles voûtées de ces constructions sont, pour l’heure, inaccessibles. Si l’herbe a de nos jours, envahi cet espace, sous l’Ancien régime une vaste allée dallée en faisait le tour. On en retrouve quelques traces à divers endroits.

Le bastion Sud-Ouest, fort endommagé, a été aménagé en bergerie par un des habitants du village. Il présente encore, bien que menaçant ruine, les encadrements de porte et fenêtres d’origine, ainsi que de petites ouvertures adaptées pour le tir au mousquet.

Au Sud-Est, le bastion le mieux conservé : sur la face donnant sur le village, un magnifique blason, aux armes des Roquelaure et des Lévis, entouré d’une cordelière de veuve, date la fin de la construction engagée par Louise de Roquelaure, par un texte de 1679 : «Louise Roquelaure a fait bâtir cette tour et ses murailles joignantes».

Son mari, Alexandre de Lévis, décédé depuis plus de 40 ans, n’est pas cité. Ce bastion sert actuellement de château d’eau au village.

On emprunte ensuite un pont de pierres, du XVIIème siècle, remanié au XVIIIème, qui enjambe les fossés. Sur la voûte du pont, on remarque encore un blason aux armes des Lévis, martelé à la Révolution et entouré du cordon de l’Ordre du Saint Esprit. La base de l’ancien porche de pierre, un arc de triomphe, existe encore. La grille, en revanche, a été volée. La base du pont repose sur un bastion semi-circulaire. On y accède par un escalier droit qui atteint une salle avec bouches à feu de petit calibre et emplacements pour tireurs au mousquet.

La terrasse du massif, de 65 mètres de long sur 8 de large environ, ne semble pas avoir eu de défenses particulières, du moins après les restaurations de Louise de Roquelaure. Les quatre caponnières d’angle, d’un diamètre de 8 mètres, même si elles sont de factures identiques, sont toutes différentes dans leur conception intérieure. Sur deux étages, elles présentent toutefois le même type de défense : bouches à feu a niveau des terrasses, sur plusieurs ouvertures pour couvrir tous les angles d’attaque, postes de tireurs au niveau des fossés. Les caponnières du sud possèdent un pilier central, massif, pour renforcer la défense de l’entrée. On peut encore distinguer le coffrage des plafonds, comme dans certaines autres pièces du château. On accède aux salles du bas par un escalier étroit qui ne permet le passage que d’un seul homme et donc facile à défendre en cas d’intrusion. Le sommet, renforcé par 2 mètres de terre glaise, servait à amortir l’impact des projectiles. Surmontés d’un canon à l’époque de Jean V, ils furent ornés de statues antiques lors des restaurations de Louise de Roquelaure.

La tour qui sert d’entrée, au milieu d’une façade de 36 mètres, a été préservée, grâce notamment à une restauration de la fin des années 1940, due aux Monuments Historiques. Bâtie sur trois étages, large de six mètres, elle est percée d’une large baie en ogive qui conserve les emplacements destinés aux défenses initiales : une herse, un assommoir, et une porte massive (de 3.70 mètres de large). Les fenêtres ainsi que le balcon et la tonnelle du premier étage ont été volés. Les corbeaux de la partie sommitale, qui supportaient les balustres, sont encore visibles. Toutes les pièces de cette tour, incluse dans le logis seigneurial du XVIème siècle, ont été saccagées et toutes les décorations volées.

La pièce de droite, réservée au portier, laisse encore deviner l’emplacement d’une porte et d’une cheminée. Sur la gauche, la salle des gardes, dont la cheminée monumentale a été dérobée, ainsi que les encadrements de fenêtres. La tour Sud-Est, de 10 mètres de côté, comme ses trois sœurs, possède encore une belle salle voûtée au rez-de-chaussée. Les étages supérieurs n’existent plus et le linteau de la fenêtre, abîmé, menace dangereusement de tomber. Sur un des corbeaux en saillie d’angle, on pourra distinguer une sculpture sommaire représentant la tête d’un chevalier casqué.
La tour sud-ouest, très endommagée, laisse encore apercevoir un linteau de cheminée, suspendu au dessus du vide. Le pan de mur existait encore il y a quinze ans ; des pilleurs n’ont pas hésité à le faire tomber pour s’emparer de cette belle cheminée. On remarquera un escalier droit, inclus dans le mur, ainsi que deux encorbellements, dans le vide, seul restes des uniques latrines attestées du château.

La cour centrale se présente comme un vaste carré, avec puits central. Partiellement comblé, sa margelle a été détruite mais on a pu dégager une base récemment (1995). L’ensemble était pavé de galets ronds et possédait un astucieux jeu de rigoles drainant l’eau de pluie jusqu’au puits.

Sur la gauche, on devine la base d’une galerie rajoutée par Jean V et dont les voûtes en croisée d’ogive ont été enlevées et remontées au château de Léran, courant XIXème siècle pour certaines, soit volées pour d’autres.

La belle tour d’angle, de forme ronde, abritait l’escalier à vis suspendu, à jour central, de Jean V. Les encadrements de portes, de fenêtres ainsi que l’ensemble des marchants, ayant plus d’un mètre de large, ont été dérobés durant la période révolutionnaire (1793). Elle a pourtant gardé une partie de sa beauté initiale. Sa façade, avec ses volutes, présente un intérêt architectural : on notera particulièrement diverses figures allégoriques dont un griffon et une licorne soutenant un écu aux armes des Lévis. Au premier étage, une porte débouchait sur la chapelle seigneuriale, déplacée à cet endroit au moment des réfections du XVIème siècle. On peut encore voir une clef de voûte représentant des feuilles d’acanthe et un départ de croisée d’ogives. Deux autres, qui avaient survécu au pillage, ont «disparu» il y a une vingtaine d’années. L’élément majeur reste toutefois la rosace à douze branches d’ogives qui orne le plafond et qui n’a échappé au pillage que par manque d’accessibilité. La clef de voûte est ornée d’un blason de la famille des Lévis.

Le corps de logis, qui abritait les cuisines du château, est au rez-de-chaussée et a entièrement disparu. A l’ouest son pendant, encore intact, abrita une vaste pièce servant entre autre de débarras.

On peut noter les différentes phases de construction du château. Les murs primitifs du XIVème siècle, que l’on discerne à leur facture, grosses pierres de taille sans ou avec peu de liant et petites ouvertures, sont doublés par un second mur, du XIXème siècle, sur lequel s’appuie la voûte en plein cintre. Le vide thermique entre ces deux murs présentait en outre l’avantage de créer ainsi un système isolant assez performant.

Au sud de la pièce, un départ d’escalier et une voûte mènent à une salle sous la tour, où se trouvaient les caves du château. Le mur Nord, partiellement détruit, n’était initialement percé que d’une lucarne communiquant avec la glacière. A ce niveau, un départ d’escalier, aujourd’hui enfoui, menait à certaines salles du niveau inférieur, inaccessibles à l’heure actuelle.

Au fond de la cour, seule une partie de la voûte reste, ainsi que les bases de bâtiments dont on ignore encore la fonction exacte. Dans l’angle Nord-Ouest, une fosse d’évacuation des eaux usées a été mise à jour en 1995. Quelques pièces de vaisselle (verres, tasses, assiettes) et cachets de cire ont pu être sauvés.

Les canalisations de terre cuite, drainant ces eaux sales, affleurent encore au ras du sol. Dans le mur, une petite porte débouche sur un escalier droit qui menait au chemin de ronde. Il fut condamné lors des agrandissements de Jean V. La petite porte en ogive, ouverte sur la terrasse du massif, fut fermée lors de la construction de la salle d’apparat au XVIIème siècle.

Dans l’angle de droite, la pièce que l’on devine encore abritait la première chapelle. On distingue encore fiché dans le mur, le piédestal d’une statue dont on ignore si ce fut ou non un réemploi . Le reste des étages se résume à un pan de mur dont les fenêtres ont été mutilées.

La tour nord-est a presque entièrement disparu, à l’exception de deux pans de mur et de la salle du rez-de-chaussée. Bien conservée, elle abrita les archives de la famille de Sur sa face Est, on distingue encore un blason qui fut martelé à la révolution. Il portait trois fleurs de lys, octroyées par Louis XIII, signifiant ainsi que les enfants d’Alexandre de Lévis, tué à son service lors du siège de Leucate, étaient sous la protection directe du roi de France. A l’entrée, le départ d’escalier encore visible, marque l’emplacement de la tour dite du «petit escalier», entièrement démantelée, similaire à la tour ronde, mais de dimensions plus réduite.

La tour Nord-Ouest quant à elle, abritait la glacière au rez-de-chaussée. La voûte, bien que pillée, présente encore un bel ouvrage et l’ensemble permet de mesurer l’épaisseur du mur extérieur, partie extrême de l’ancien château. A l’étage inférieur, partiellement comblé, on trouve une citerne qui recueillait entre autre, l’eau de fonte de la glacière. Au second étage se trouvait la chambre du dernier marquis de Mirepoix.

L’ancienne terrasse du massif a été couverte par Louise de Roquelaure qui la transforma en une magnifique salle de réception. Les extrémités, fermées par deux murs, furent en partie démantelées. Elles s’appuyaient sur le contrefort de l’ancien château, formé par la base des deux tours. Le mur Sud est celui de la forteresse primitive : on peut facilement en distinguer le fruit. En son centre, on discerne encore le pan de mur datant du roi d’Aragon. Le mur Nord, crénelé sous Jean V, fut arasé et percé de grandes fenêtres aujourd’hui détruites. La voûte en plein cintre présente la particularité d’être formée de pierres plates, verticales au faîtage, qui compensent mutuellement leur poussée. Cette salle, sous la Révolution et le début de l’Empire, servit d’écurie et de dépôt de fourrage.

Les deux caponnières d’angle, identiques extérieurement à celles du Sud, présentent une configuration différente à l’intérieur. Sans pilier central, elles possèdent moins de bouches à feu à l’étage supérieur. Le bastion orienté à l’Est abritait la prison, située sous le niveau des fossés. On descendait les prisonniers par une trappe encore visible. Les escaliers menant au sommet rejoignaient le chemin de ronde, disparu après les travaux du XVIIème siècle.

La tour centrale, ancienne caponnière, s’ouvrait sur les jardins par une porte permettant l’accès par une passerelle jetée entre le château et la terrasse.

Les fossés, larges de 15 mètres, anciennement pavés, n’ont jamais contenu d’eau. La construction des terrasses, au XVIIème siècle, rendit la plupart des défenses des caponnières inutiles, du moins pour certaines bouches à feu de petit calibre.

Le bastion Nord-Ouest, de petites dimensions et partiellement enterré, posséda comme nous l’avons vu, une entrée communiquant avec l’allée extérieure des jardins.

Celui du nord-est, le plus haut, semble être le premier construit par Louise de Roquelaure. Il est orné d’un magnifique fronton portant une inscription datant le début des travaux et mentionnant Alexandre de Lévis, encore présent dans la mémoire de sa femme (1648). Les pièces intérieures, bien que pillées, présentent un réel intérêt.

En milieu de terrasse, un large passage a été ouvert, permettant de relier le potager aux fossés. Un mur d’enceinte clôture le jardin, aujourd’hui simple champ inculte, sur presque un hectare. En fond, sur la gauche, les vestiges d’une bergerie dont la belle voûte d’entrée, avec claveaux et pierres de taille, a été volée en…1996. Dans le prolongement, une petite maison d’habitation, partiellement ruinée, présente encore un bel évier Renaissance, probablement de réemploi, suspendu en l’air, encore enchâssé dans le mur. Enfin, un très beau pigeonnier sur pilotis que ses occupants ont déserté et qui se lézarde dangereusement. Après un petit muret, on trouvera encore deux maisonnettes dont une abrita les étalons du duc de Lévis Mirepoix.

Les jardins à la française ont totalement disparu. Le seul vestige reste une glacière, en milieu de bois, à l’Ouest du château. Il apparaît après ce rapide descriptif, que Lagarde, bien que mutilé, reste un des monuments majeurs de l’Ariège. Il est donc regrettable que rien de sérieux ne soit entrepris pour sa restauration où pour le moins, sa sauvegarde, d’autant que bien des pièces, ensevelies par le temps et les décombres, restent à explorer.

Cependant, dernièrement, une association a été mise en place pour tenter de sauver les ruines.

QUI SONT LES « LEVIS » ?

Philippe de Lévis est le plus ancien membre de cette famille originaire de Lévy-Saint-Nom (Seine-et-Oise, canton de Chevreuse). Il mourut vers 1204. Son second fils, Guy Ier de Lévis, est fondateur en 1196 de l'abbaye de Notre-Dame de la Roche, il suit en 1209 son suzerain Simon de Montfort, comme maréchal dans sa croisade contre les Albigeois.

Guy de Lévis se vit attribuer en 1209 (officialisé par le traité de Paris de 1229) par le roi de France la terre de Mirepoix et le pays d'Olmès, confisqué au comté de Foix. Il meurt vers 1233. De cette souche dérivent :

- les Lévis-Léran,
- les seigneurs de Montbrun et de Pennes,
- les vicomtes de Lautrec,
- comtes de Villars,
- seigneurs de la Roche-en-Régnier dans le Velay,
- les barons de la Voûte-sur-Loire,
- comtes puis ducs de Ventadour,
- les comtes de Charlus,
- les seigneurs de Lévis et de Florensac,
- les seigneurs de Cousan et de Lugni,
- les barons et comtes de Caylus.

Les seigneurs de Mirepoix devinrent rapidement les personnages les plus importants du domaine royal languedocien. Ils étaient de père en fils sénéchaux de Carcassonne.

Les biens de la famille furent saisis sous la Révolution, le château de Lagarde détruit et le fils du duc, Charles-Philibert, décapité sous la Terreur.

De retour d'émigration, la famille s'installa au château de Léran (Ariège).

L’ASSOCIATION CATHY-YANNICK

Avec le soutien de l’Etat, de la communauté de communes de Mirepoix et l’appui technique du GRAME et de différents archéologues, Patrice Lebreton, membre de l’association Cathy-Yannick souhaite mettre en valeur le château de Lagarde qui fut un des plus beaux châteaux de France sous le roi Soleil. Déjà, un mur de 40 mètres de long a été reconstitué et, sous la houlette de Joseph Michel et des enfants de l’IME de Léran, un véritable jardin médiéval est en train de prendre forme.

Le château a été cédé par un propriétaire privé, à la fin de l’année 2000, par convention à l’association Cathy-Yannick, pour une période de 17 ans. La présence quasi permanente des membres de l’association et des personnels nécessaires à sa remise en état a permis de mettre un terme aux actes de vandalisme qui risquaient de mettre en péril toute tentative de conservation de ce monument.

En quelques deux années, un important travail a été accompli : débroussaillage des terres et des bâtiments, début de restauration des trois bâtiments et du pigeonnier situés au fond du grand parc, mise en culture du parc, en jardin et potager médiévaux grâce à la collaboration de Conservatoire du Tarn pour les graines anciennes, confortation de certains murs et édifices avec l’accord des services des Monuments historiques etc…sans oublier le lancement d’une campagne de fouille archéologique.

Le projet prévoit d’ouvrir le site aux visiteurs, de réaliser une exposition sur l’histoire du château et sur la famille de Lévis qui en fut propriétaire. Dans le cadre d’une démarche d’économie solidaire, l’association emploie des personnes en difficultés pour mener à bien son projet qui devrait s’autofinancer par le biais des visites payantes et de la vente de produits naturels cultivés sur place.

Si vous êtes intéressés par ce projet, ou si vous souhaitez aider cette association, vous pouvez contacter :

M. Patrice LEBRETON
Association Cathy-Yannick
09500 LAGARDE
Tél. 06.89.15.23.30

Midi-Pyrénées- Ariège