SOMMAIRE

LA CHAPELLE SAINT-PIERRE
UNE ECOLE SPECIALE
LA DOMESTICATION
LA LEGENDE DE “JEAN DE L’OURS”
UN METIER : MONTREUR D”OURS
LA LEGENDE DE SAINT-MARTIN
LA FIN D’UN MYTHE
EXPOSITION « LES MONTREURS D’OURS »

LA CHAPELLE SAINT-PIERRE

Un peu à l’écart du village, patrie des montreurs d’ours du XIXème siècle, cette petite chapelle qui semble insignifiante possède d’une part un très beau portail sculpté roman et d’autre part à l’intérieur un retable dédié à Saint-Pierre du XVIIème siècle qui est hélas laissé loin de toute idée de restauration.

On entre dans la chapelle Saint-Pierre par un petit portail. L’arcade en plein cintre est surmontée d’une archivolte très saillante décorée de deux rangées de petits trous. En dessous est gravé un bandeau de cercles incisés, il est bordé par une corniche en damiers. Au centre, posée horizontalement, une Vierge porte un enfant. La dernière voussure est ornée de motifs géométriques dans lesquels s’intègrent des images schématisées de poissons, oiseaux et un masque d’homme.

A droite de la porte, dans une plaque sous un petit linteau, un personnage qui s’inscrit dans un rectangle lève mes bras. Il porte une clef ce qui permet de l’identifier comme étant Saint-Pierre. Sa tête est disproportionnée par rapport à son corps.
Le style de l’ensemble bien que fort schématisé et archaïque appartient au XIIème siècle, les formes dans ces vallées reculées ayant du mal à pénétrer.

UNE ECOLE SPECIALE

Ercé n’est qu’un petit village de la vallée du Gahet, mais il jouit d’une certaine célébrité dans le corps préfectoral, car il aurait servi de cadre, au XIXème siècle, à la plus insolite des visites d’école par un préfet. Le haut-fonctionnaire fut accueilli par d’étranges élèves, hauts de deux mètres. D’une sagesse exemplaire, ils restaient adossés au mur du fond, applaudissant sur l’ordre du maître. Le tableau fit d’abord sourire le préfet, mais son sourire se crispa quelque peu quand l’un des écoliers, commençant à se dissiper, se mit à dévorer les glands de la dragonne de son épée. Partout ailleurs, la scène eût été extraordinaire, voireinquiétante. Mais à Ercé elle semblait presque banale ; l’école où se déroula la scène était d’un genre particulier : c’était l’école des ours, le seul établissement de France où étaient formés les animaux dont se servaient les montreurs d’ours.

LA DOMESTICATION

Pour domestiquer les ours, il fallait les capturer. Si parfois il pouvait avoir la chance d’attraper l’ourson dans la forêt, le plus souvent, le chasseur était obligé d’aller le chercher dans la tanière et d’affronter l’un de ses parents. Le dressage durait généralement de 12 à 15 mois ; il s’effectuait à l’aide d’un « moniteur », un ours plus âgé qui montrait les gestes à reproduire. Quand il quittait l’école, muni d’un diplôme libellé en bonne et due forme, l’animal subissait une épreuve très dure : la mise en place de l’anneau de fer, destiné à le maîtriser en cas de problème. Pour le passer, il était nécessaire de percer la mâchoire, en arrière des dents, avec un fer rouge. Très douloureuse, l’opération exigeait de garrotter l’animal debout contre un arbre. Très spectaculaire, la cérémonie attirait tout le village et les autorités.

Domestiqués, les ours vivaient soit à l’étable, soit à la maison avec la famille. Malgré ces rapports journaliers, l’animal a toujours conservé sa part de mythe dans les vallées du haut Couserans. A la veillée, comme dans toutes les autres parties de chaîne, on y racontait par exemple, le récit des exploits de Jean de l’Ours, l’un des personnages clefs du légendaire pyrénéen.

La représentation d’un ours blessé de la grotte des Trois-frères est le symbole d’une extraordinaire présence de l’ours dans l’imaginaire pyrénéen ; et ce, dès la préhistoire.

legende de jean de l'oursJadis une jolie jeune fille avait l’habitude d’aller dans la forêt. Elle y ramassait du bois. Un ours la vit et la suivit. Quand il sut qu’elle ne pouvait plus se sauver, il lui sauta dessus et l’emporta dans sa tanière.

Enfermée dans une caverne, elle dut vivre avec l’ours et même elle devint sa femme. L’ours était très gentil avec elle. Il lui rapportait chaque jour des brebis volées, du miel, des pommes, des poissons, des cerises. Jamais elle n’avait eu tant de nourriture. Mais avant de partir, il prenait soin de clore la caverne avec une grosse pierre. Sans cela elle se serait sauvée depuis fort longtemps.

Au bout d’un an un beau garçon naquit. Il avait les membres comme son père et le visage avenant de sa mère. On l’appela Jean. Jean de l’Ours. Jusqu’à sept ans il grandit à vue d’oeil. Nourri de chairs crues et de bons fruits, il faisait plaisir à voir.

Quand le père partait dans la forêt ou la campagne après avoir refermé la caverne, la mère lui racontait ce qui était arrivé et combien parfois elle se trouvait malheureuse d’être réduite au rang de bête. Elle lui racontait aussi qu’il y avait de par le monde beaucoup d’autres hommes et des enfants semblables à lui. Alors Jean essayait d’ébranler la grosse dalle.

- Bientôt, disait-il à sa mère, je ferai tomber la pierre et l’on pourra partir.

L’enfant devenait de jour en jour plus fort. Il aimait combattre avec son père pour s’amuser dans la grotte obscure. Ainsi il entraînait ses muscles.

Enfin, le jour vint où Jean fit basculer la pierre et prenant la main de sa mère, ils s’enfuirent à toutes jambes. L’ours les appela, pleura même, mais rien n’y fit. Jean et sa mère allèrent dans le monde des hommes.

- maintenant, dit la brave femme à son fils, il te faut travailler.

Elle avait un parent forgeron et Jean entra chez lui comme apprenti. Mais dès qu’il prit une barre de fer, il fracassa l’enclume d’un seul coup.

- Eh bien petit ! cria le forgeron, ne tape pas si fort, tu vas vraiment tout casser.

Jean écouta son maître et devint un ouvrier très habile, sachant façonner socs de charrues, chaînes, outils de toutes sortes. Il martelait comme un forcené toute la journée. Pourtant le forgeron oubliait de le payer. Il lui en fit la remarque.

- Et combien faudra-t-il te payer ? dit le mauvais maître.
- Donnez-moi seulement les éclats de fer qui tombent à terre. Cela me suffira.

Le forgeron se montra tout d’abord réjoui. Mais très vite il déchanta. Jean de l’Ours s’était remis à battre le fer avec tant de force qu’il pouvait le soir ramasser les éclats à la pelle. Bientôt il en eut assez pour se faire une canne de cinq cents kilos. Trois hommes n’auraient pas suffi pour la porter ; lui, par contre la faisait rouler comme une baguette.

- Maître forgeron, dit Jean, nous sommes quittes maintenant...

Non sans plaisir, Jean de l’Ours prit le chemin. Il avait le désir de voir le monde. Il marcha longuement et tomba sur un grand gaillard qui jouait au palet avec des meules de moulin.

- Que fais-tu donc là ?
- Je m’amuse pour passer le temps. Je m’appelle Roue de Moulin.
- Eh bien Roue de Moulin, on peut dire que tu es fort !
-Viens avec moi courir le monde. A nous deux nous serons si forts que nous n’aurons à craindre personne.

Roue de Moulin ramassa ses meules et partit avec Jean de l’Ours.
Ils marchèrent longuement.

En traversant un bois ils virent un homme en train d’abattre un grand chêne. Jean de l’Ours et Roue de Moulin le regardèrent. En un rien de temps, l’arbre se transforma en fagot.

- Je vois, bûcheron, que tu es un homme fort. Moi, je suis Jean de l’Ours et voici Roue de Moulin. Comment t’appelles-tu ?
- Coupe Chêne.
- Eh bien, Coupe Chêne, viens avec nous. A nous trois, nous n’aurons à craindre personne.

Les voilà qui marchent longuement. Bientôt, ils rencontrent un gros gaillard en train d’arracher une colline.

- Que fais-tu donc ?
- Cette colline m’empêche de voir les hautes montagnes. Aussi suis-je en train de la déplacer.
- On peut dire que tu es fort.
- Oui, je suis fort, mais vous aussi à ce que je vois.
- Comment t’appelles-tu ?
- Appelez-moi Porte Montagne.

Ils marchèrent longuement, marchèrent. La nuit les surprit au milieu d’un grand bois. Il y faisait noir comme dans le ventre d’un loup. Ils avaient faim aussi. Ils rêvèrent d’une maison bien confortable avec un grand feu dans la cheminée et une bonne soupe dans le chaudron. Ils aperçurent alors une lumière au loin et bientôt ils se trouvèrent devant un grand château. La porte était ouverte. Ils entrèrent et visitèrent toutes les pièces de la cave au grenier. Il n’y avait personne.

Dans la cuisine un bon repas était prêt et le feu flambait gaiement. Ils s’installèrent : pain, rôtis, pâtés étaient là en abondance ainsi que le vin.

Ensuite, ils se couchèrent et personne ne vint les déranger.
Jean se promena le lendemain dans les chambres, les unes plus jolies que les autres, sa canne de fer à la main, et revint à la cuisine.

- Mes amis, nous resterons quelques temps ici, le lieu ne peut que nous plaire.
- Et si le propriétaire vient ?
- On aura beaucoup de plaisir à le voir.

Jean de l’Ours, Coupe Chêne, Roue de Moulin et Porte Montagne parlèrent au coin du feu.

- Voilà, conclut Coupe Chêne. Il y en aura un chaque jour qui restera au château, les autres iront à la chasse aux alentours. Dès que le dîner sera prêt, il sonnera la cloche et nous reviendrons.

Ce fut Roue de Moulin qui commença. Il fit une bonne soupe et allait justement mettre le sel quand tout à coup, dans la cheminée où il était, il y eut un sacré tintamarre. Comme de la grêle, tombaient ici une main, ici un bras, ici une oreille, une tête, une jambe et à peine tombé, tout se ressoudait autour d’un tronc humain poilu et musclé. Quand les yeux de braise noire furent fixés, l’homme ainsi constitué dit à Roue de Moulin :

- Allume-moi ma pipe.

Sa voix avait de quoi faire frémir.

Roue de Moulin tremblant de peur se pencha vers le feu. L’homme reconstitué en profita pour lui sauter dessus, pour l’assommer et le laisser pour mort au milieu de la cuisine.
La cloche pour le dîner ne sonnant pas, les chasseurs revinrent tout de même.

- Mais que t’est-t-il arrivé ? demandèrent-ils à Roue de Moulin.
- Je ne sais pas, dit-il. J’ai glissé sur une pierre près de la fontaine ? Je ne me rappelle plus.

La nuit passa.
Ce fut le tour de Coupe Chêne de faire le ménage et la cuisine.
L’homme de la cheminée tomba comme la grêle, se reconstitua et laissa Coupe Chêne à demi mort sur le plancher. La cloche ne sonna pas.
Quand les chasseurs revinrent, ils dirent :

- Que t’est-t-il arrivé ?
- Je suis allé au bûcher. Une bûche m’est tombée sur la tête. Je ne sais plus.
- Bien, dit Jean de l’Ours, va te reposer. Dans une heure, tu n’y penseras plus. Demain ce sera le tour de Porte Montagne.

Celui-ci s’affairait autour du fourneau et de la cheminée quand la grêle se mit à tomber.

- Allume-moi ma pipe, dit l’homme de la cheminée.
- Oui, dit Porte Montagne, tout étonné.

Et lorsqu’il allait saisir un tison, il fut frappé à la nuque et étendu raide mort.
Jean de l’Ours voyant l’heure du déjeuner sans que sonnât la cloche, dit à ses compagnons :

- Il faut rentrer. J’ai peur qu’un nouveau malheur ne soit arrivé.

Ils trouvèrent Porte Montagne étendu sur le plancher avec un fort mal à la tête.

- Je suis allé, dit-il, à la cave chercher du vin. En remontant, j’ai dégringolé de l’échelle je ne sais comment. J’ai tout oublié.
Jean de l’Ours s’étonna encore et même fut très énervé.
- Demain, ce sera mon tour et je vous promets que la cloche sonnera.

Le lendemain, Roue de Moulin, Coupe Chêne et Porte Montagne allèrent courir les bois en quête de gibier. En chemin, ils se racontèrent leurs tristes aventures.

- Jean de l’Ours fait le fier, mais quand l’autre lui demandera du feu, il aura bien son coup sur la nuque.

Pendant ce temps, voilà que la grêle tombe dans la cuisine devant Jean tout étonné. Lorsque l’homme fut reconstitué, il lui dit :

- Allume-moi ma pipe !
- Allume-la toi-même !
- Je te dis d’allumer ma pipe !

Et comme rien ne se passait, le diable, oui le diable, car c’était lui, se jeta sur Jean de l’Ours. Aussitôt, ils s’empoignèrent, roulèrent sur le sol, se griffèrent, se mordirent, s’arrachèrent les vêtements puis la peau, les cheveux avec tant de force et de hargne que tous les objets de la cuisine volèrent dans tous les sens : casseroles, fourchettes, couteaux, chenets de la cheminée, barriques de vin, coffre à farine, bahut et bien d’autres choses encore.

Le diable se retrouva sur le sol, visage contre terre, immobile, tout ensanglanté. Jean de l’Ours essuya sa sueur qui coulait sur son front et voyant le vaincu à terre, il lui posa une grosse pierre sur le dos, puis s’occupa à préparer le repas. A midi, il alla sonner la cloche.

Les chasseurs étonnés se dirent : « Aujourd’hui, l’homme de la cheminée n’a pas dû venir. Jean de l’Ours a bien plus de chance que nous. » Quand ils entrèrent dans la cuisine, ils trouvèrent Jean fort en colère.

- Il est venu, oui, ce diable de la cheminée et l’on s’est sérieusement frictionné les côtes. Vous auriez pu me dire de qui il s’agissait. Et figurez-vous au moment où je sonnais la cloche, il s’est enfui, je suis persuadé qu’il a disparu là, à côté du four. Allons, ne vous inquiétez pas, après avoir bien mangé, on retrouvera sa trace.

Quand ils enlevèrent le four, ils virent un trou. Le diable était passé par là. Ils passèrent par ce trou et entrèrent dans un puits. Là, pour descendre, ils nouèrent des cordes ensemble et allumant, des torches, ils ne virent pas le fond.

- Ce sera Roue de Moulin qui descendra le premier. Prends cette clochette, tu l’agiteras pour que l’on te remonte.

Roue de Moulin descendit mais agita la clochette presque aussitôt car il avait très peur. Ce fut le tour de Coupe Chêne qui alla un peu plus bas. Porte Montagne ne réussit guère mieux.

- Vous ne valez pas grand-chose, je vais vous montrer ce que je peux faire, dit Jean de l’Ours en descendant.

Il cria plusieurs fois d’ajouter une nouvelle corde. Enfin il arriva au fond de puits. Il se retrouva dans une sorte de château et rencontra une vieille toute ridée. Assise au coin du feu en train de piler des herbes.

- Femme, où est passé l’homme noir ?
- Tu veux parler de mon mari. Je lui préparais justement un remède pour le ressusciter.
- Qu’importe ton remède ! Je veux le voir.

La vieille ouvrit la porte de la chambre du diable. Jean se précipita sur l’homme poilu et ne résista pas au plaisir de lui donner une grande volée.

- Ne me tue pas, gémit le diable, je te dirai les secrets du château.
- Dis toujours.
- Dans ce château, il y a trois grands coffres. L’un est plein de perles, l’autre de diamants, l’autre d’or.
- Dis-moi où ils sont.
- Tiens, voilà les clés.
- Non, passe devant et va ouvrir les coffres toi-même.
- Le diable se leva du lit et alla jusqu’aux coffres. Jean s’empressa de les attacher à la corde, agita la clochette pour être remonté. Ensuite, se retournant vers le diable, il agita sa canne de fer.
- Ne me tue pas, dit le diable, je te dirai les secrets du château.
- Dis toujours !
- Dans ce château, il y a trois princesses enfermées. Ce sont les filles du roi de France.
- Dis-moi où elles sont.

Le diable alla jusqu’à une belle chambre. Trois princesses étaient là, apeurées, toutes aussi belles que le jour.

- Filles du roi, ne craignez rien, je suis Jean de l’Ours et je viens pour vous sauver.

Toutes les trois lui sautèrent au cou, pleurant de joie. Il accrocha la première à la corde et agita la clochette.

- Tirez donc la corde, vous, là-haut !

Quand ils virent apparaître la jeune fille en haut du puits, Coupe Chêne, Roue de Moulin, et Porte Montagne se chamaillèrent. Chacun la voulait pour lui.

- Ne vous disputez pas, dit la princesse. Il y en a encore deux autres, plus jolies que moi. Une fois toutes les princesses sorties du puits, le partage fut vite fait.

- Une pour Roue de Moulin.
- Une pour Coupe Chêne.
- Une pour Porte Montagne.
- Et Jean de l’Ours ? Lui, il aura le fond du puits pour toujours. Il eut beau agiter la clochette, la corde ne revenait pas. Il comprit que ses anciens compagnons étaient partis avec les coffres et les princesses.

Jean n’avait plus qu’une chose à faire, aller trouver le diable. A nouveau il le menaça. A nouveau le diable lui dit ce qu’il fallait faire.

- Il y a là une cage avec une aigle blanche. Elle te portera sur la terre, mais il faudra que tu donnes de la viande, beaucoup de viande. Il te faut prendre un veau et le découper en morceaux. Ainsi tu nourriras l’oiseau.

C’est ce que fit Jean. Il s’installa sur le dos de l’aigle blanche et ils s’élevèrent à grands coups d’ailes. Mais l’oiseau voulait toujours de la viande et le veau y passa tout entier. Jean voyait le haut du puits, l’oiseau n’ayant plus rien à manger commençait à redescendre. Sans hésiter Jean se coupa un morceau de cuisse et le mit dans le bec de l’oiseau. L’aigle remonta un peu, puis s’essouffla. Jean se coupa un autre morceau et l’aigle arriva en haut du puits.

Il fit le tour du château et c’est bien vrai qu’il n’y avait personne.

Jean de l’Ours décidé d’aller jusqu’à la ville la plus proche. Là, il demanda si l’on avait vu les trois vauriens, les trois princesses et les coffres.

- Bien sûr, lui dit-on, ils sont là dans l’auberge en train de faire la fête !
Jean s’approcha alors en tenant sa canne de cinq cents kilos.
- C’est Jean de l’Ours, cria Coupe Montagne, nous sommes perdus.

Ils sautèrent tous par la fenêtre et plus personne ne les revit.

Quant aux filles du roi de France, Jean épousa la plus jeune qui savait le secret du baume qui guérit tout. Ensuite il acheta un beau carrosse pour aller chercher sa mère et la conduire au château où ils vécurent heureux longtemps, longtemps, longtemps...

UN METIER : MONTREUR D’OURS

Véritable industrie, l’élevage et le dressage fut la grande spécialité de quelques villages couseranais : Ercé et Ustou, mais aussi Oust, Seix et Couflens. Les habitants de ces villages, surtout ceux des deux premiers, exercèrent longtemps le métier d’orsalher, montreurs d’ours. Comme le berger, le belluaire fut longtemps l’un des personnages les plus marquants des Pyrénées. Dominant les plantigrades, qui étaient considérés comme des animaux quasi mythiques, ils jouissaient d’un grand prestige. Véritables mages, ils intervenaient pour guérir des maladies ou protéger les poulaillers (en promenant leurs ours autour).

Coiffés d’un large béret, ils parcouraient les chemins du piémont et de la plaine, en allant de village en village. Leur arrivée dans un bourg était un événement qu’ils avaient l’art de sacraliser en exécutant un rituel quasi immuable. Ils laissaient les enfants s’attrouper autour d’eux, puis ils s’adressaient à l’animal en l’appelant par son nom, généralement Martin ou Dominique : « Allons, Maître Martin, veuillez saluer l’assistance. Soyez poli et aimable ! Voulez-vous lui montrer comment vos parents vous ont appris à enlever le bétail dans la montagne ? »

Le spectacle lui-même consistait principalement en une série de simulacres de luttes et de danses. Pour effectuer ces dernières, l’animal se balançait et sautait d’une patte sur l’autre. Poussant plus loin, certains dresseurs montaient des scènes de pantomime plus complexes ; s’ils disposaient de plusieurs ours, ils pouvaient, par exemple, organiser des parodies de parades ou d’exercices militaires, voire une exécution, le « fusillé » se laissant tomber lourdement sur le sol.

A côté de ses surnoms, l’ours a aussi été affublé de plusieurs prénoms : gaspard, Dominique, Ferrande (pour les femelles) ou Martin. Et ce prénom de Martin, le plus fréquent, pourrait aussi trouver son origine à l’époque féodale. Selon Jacques Bégouen, les montagnards du Couserans auraient été fort maltraités au Xvè siècle par un certain Martin d’Ustou, capitaine du roi au château de Castillon. Et par dérision ou revanche, les premiers oursaillés (montreurs d’ours) auraient fait danser leurs bêtes en les appelant Martin ! Mais la légende intervient aussi en Couserans pour expliquer l’origine de ce nom avec l’omniprésent saint Martin.

L’évêque de Tours serait venu rendre visite à Valier, le premier évêque du Couserans et pour le remercier de son accueil, il lui aurait laissé son âne. Un jour Valier se rendit dans la haute vallée du Salat en visite pastorale mais il se perdit et dut passer la nuit dans la forêt. Le lendemain, il trouva un ours qui achevait de dévorer son âne ! Valier saisi son bâton d’évêque, en menaça l’animal et l’obligea à porter son sac pour remplacer sa monture . C’est ainsi, accompagné de l’ours, que l’évêque arriva à Ustou dont les habitants furent naturellement effrayés. Mais le bon Valier commanda à la bête de prendre son bâton et de danser, en le nommant Martin en souvenir de l’âne et du cadeau de l’évêque de Tours. Le soir même les montagnards eurent l’idée d’apprivoiser eux aussi d’autres Martin pour les faire danser, et c’est ainsi que saint Martin serait à l’origine des écoles d’oursaillés d’Ustou et d’Ercé !

A la fin du XIXè siècle, il y eut jusqu’à deux cents éleveurs dans cette région alors que le première historique d’un oursaillé remonte au XIIIème siècle.

LA FIN D’UN MYTHE

Loin de se limiter aux seuls pays du Sud-Ouest, les montreurs d’ours ariégeois ont parcouru toutes les régions de France et d’Europe. Quelques-uns exercèrent leur talent jusqu’en Amérique, en Australie et en Nouvelle-Zélande.

Jusqu’au début du XXème siècle, les belluaires étaient très actifs en Couserans. Pour s’opposer à l’inventaire de leur église, lors de la crise de l’Eglise et de l’Etat, en 1904, les habitants d’Ercé rangèrent les plantigrades devant le portail. Ce qui eut pour effet de mettre en déroute les gendarmes à cheval, dont les montures furent effrayées par l’odeur de l’ours. Mais l’activité des montreurs d’ours n’avait plus que quelques années devant elle, car la Première Guerre mondiale allait l’interrompre brutalement.

Pourtant, même dans les dictons de la région l’ours trouve sa place. Par exemple, le lien entre l’ours et les saisons apparaît clairement : à la chandeleur, le 2 février, « si l’ous fa seca sa pelho al matide Candélous, l’iber s’alloungo de quaranto jous. » (si l’ours fait sécher sa couche le matin de la Chandeleur, l’hiver s’allongera de quarante jours) dit-on dans le pays de Sault et en Ariège. Le même dicton, en Bigorre, assure que s’il fait beau ce jour là, l’ours retournera dans sa tuto (grotte) et y restera encore quarante jours. En revanche, s’il pleut ou s’il neige à la Chandeleur, l’hiver touche à sa fin.

“Per la Candelera “ A la chandeleur
L’ors surt de l’ossera L’ours sort de sa tanière
I si troba que fa bo Et s’il trouve du beau temps,
S’en torna a fer un gaito. 
” Il retourne y dormir. ”

Dans la Haute-Ariège(Vicdessos, Mont d’Olmes), une Notre-Dame de l’Ours intervient dans ce dicton. Cette vierge se fête le 25 mars (jour de l’Annonciation), soit un peu plus de quarante jours après la chandeleur, et à Montségur « se fa soulelh lou 25 de març e que l’ous s’en tourna dins as tuto, abem encaro quaranto jous d’iber » (S’il fait beau le 25 mars et que l’ours revient dans sa tanière, on aura encore quarante jours d’hiver).

Ces quelques dictons représentent aujourd’hui tout ce qui reste de cette mythologie de l’ours, disparue avec la plupart des ours bruns des Pyrénées. Toutefois, les rapports entre ce gros animal, un des derniers grand mammifères sauvages d’Europe, et les Pyrénées n’ont pas cessé d’être passionnels. Il ne resterait actuellement qu’une quinzaine de ces bêtes, entourées de toute la sollicitude des pouvoirs publics et des citadins, mais toujours jugées par les valléens comme un souci inutile.

EXPOSITION « LES MONTREURS D’OURS »
Tél. 05.61.66.86.13

DANS LES VALLEES DES MONTREURS D’OURS

1. Les Montreurs d’Ours

Parmi la population française, le métier de Montreurs d’Ours a été une spécialité quasiment exclusive des habitants de deux vallées ariégeoises : celle de l’Alet(Ustou) et celle du Garbet (Aulus- Ercé- Oust).

Comme toute la montagne pyrénéenne, ces deux vallées étaient autrefois très peuplées. Vers 1850 on y comptait jusqu’à 10000 habitants (pour 1500 environ aujourd’hui). Les conditions de vie u étaient difficiles et, depuis longtemps, les hommes surtout avaient l’habitude de s’expatrier temporairement pour effectuer des travaux agricoles en Espagne et dans le bas pays. Au XVIIIème siècle commença à se développer parallèlement le colportage, activité qui ne cessa qu’au début du XXème siècle.

C’est à Ustou, semble-t-il, qu’à la fin du XVIIIème siècle,, on voit les premiers Montreurs d’Ours pyrénéens. Ce métier était déjà pratiqué depuis le Moyen Âge et peut-être avant, en France et dans toute l’Espagne, par les Tziganes ou Bohémiens. L’un d’eux, probablement, donna l’idée à un habitant d’Ustou de dresser les oursons capturés dans les montagnes environnantes.

Les Montreurs d’Ours d’Ustou présentèrent leurs animaux dressés en France et en Espagne et, de là, pour quelques-uns uns, en Amérique du Sud. Puis, avant le milieu du XIXème siècle, pour des motifs inconnus, cette activité périclita sans cesser complètement à Ustou. A cette même époque, elle se développe d’une manière importante dans la vallée du Garbet.

Ce sont alors plusieurs centaines de Montreurs d’Ours, dont les noms nous sont connus, qui jusqu’à la première guerre mondiale partirent d’Ercé, oust et, à moindre degré, Aulus pour voyager dans une grande partie du globe.
Les premiers réalisèrent leurs tournées en France et dans les pays limitrophes. Certains ensuite s’aventurèrent en Grande Bretagne, puis de là au Canada, aux Etats Unis et dans toute l’Amérique du Nord et du Sud.
Au début, les oursons dressés étaient d’origine pyrénéenne, mais très vite, les besoins devinrent tels que d’autres origines durent être recherchées. C’est pourquoi beaucoup d’oursons ont ensuite été achetés à Marseille où l’on trouvait des marchands d’animaux s’approvisionnant dans les pays Balkans.

C’est au début du XXème siècle que le nombre de Montreurs d’Ours a diminué. La première guerre mondiale coïncide avec la fin de l’activité des Montreurs d’oUrs pyrénéens. Cette activité se poursuivit néanmoins grâce aux Tziganes et Bohémiens.

2. Les « Américains » de la Vallée du Garbet

Depuis longtemps, dans la vallée de Garbet, on désigne sous le nom d’ »Américains » tous les habitants de cette vallée qui se sont rendus en Amérique pour y gagner leur vie. On peut considérer schématiquement que ce phénomène d’émigration vers l’Amérique a comporté trois phases :

- la première phase a duré depuis le milieu de XIXème siècle jusqu’en 1914 et se rattache directement aux voyages des Montreurs d’Ours. Certains de ceux-ci se rendirent compte qu’aux Etats-Unis notamment, ils pouvaient gagner leur vie dans de meilleures conditions qu’en montrant leurs ours au hasard des chemins, soit en se faisant embaucher dans des cirques comme dompteurs d’animaux, soit en changeant complètement de métier en allant travailler dans les mines, ou encore dans l’hôtellerie ou la restauration.

- La seconde phase s’est déroulée pendant et après la première guerre mondiale. La première phase n’avait concerné qu’une très grande majorité d’hommes, mais à partir de la seconde phase, un grand nombre de femmes ont participé à ce mouvement d’émigration qui, plus qu’avant, s’est concentré à New York et sur l’exercice de métiers de l’hôtellerie et de la restauration.

- Une troisième phase s’est produite après la deuxième guerre mondiale. Une nouvelle vague d’habitants de la vallée du Garbet émigre alors vers les Etats-Unis, accueillie par des parents ou amis arrivés là entre les deux guerres et se trouvant majoritairement à New York sont tenus par des Ercéens.

Ces émigrants souhaitaient bien entendu se rencontrer entre gens de la même vallée. C’est ainsi que depuis bien longtemps, peut-être dès la période des Montreurs d’Ours, s’est créé un point de rencontre à New York dans Central Park, là où existaient quelques rochers, point de rencontre qui fut baptisé le « Roc d’Ercé ».

Au début il s’agissait d’une émigration temporaire et, « fortune faite », chacun, sauf exception, revenait au pays.

Actuellement il n’en est plus de même et beaucoup ne passent dans la vallée que pour de plus ou moins courtes vacances. Cette émigration a marqué la vallée du Garbet. Encore aujourd’hui rares sont les maisons de la vallée dont les occupants n’ont pas séjourné en Amérique ou, à tout le moins, n’y ont pas des parents.

Un hommage aux Montreurs d’Ours des vallées de l’Alet et du Garbet, ces hommes courageux et entreprenants qui, dans des conditions difficiles de leur époque, ont parcouru une grande partie du monde. Des documents, des témoignages sur les contraintes et les dangers de ce métier très particulier exercé ici pendant plus de 100 ans.

 

Période d’ouverture  : au mois d’avril et du 10 juillet au 5 septembre de 14H à 19H. Fermé le lundi.

Midi-pyrénées - Ariège