
SOMMAIRE
LA FORÊT
DES HOMMES DE CARACTERE
L’EMMIGRATION
LES NOUNOUS BETHMALAISES
LE FOLKLORE
LEGENDE DES SABOTS DE BETHMALE
LE DERNIER SABOTIER DU COUSERANS
ASSOCIATIONS FOLKLORIQUES
- polka piquée
VISITE DES COSTUMES

LA FORÊT
En remontant à la domination romaine nous constatons que les forêts pyrénéennes étaient largement exploitées pour les
bois de mines, les mâts des navires, et le charbon de bois nécessaire aux nombreuses fonderies de la région.
Les romains trouvèrent dans les montagnards de solides gardiens pour leurs défilés, et à cause de cela leur
conservèrent usages et privilèges. Nous trouvons encore dans maints endroits bien placés pour défendre un défilé, les restes de ces petits camps romains
qui, fouillés, donnèrent quelques vestiges de poteries romaines.
Ce système « militarisé » isola les vallées et les préserva des gens d’armes et des brigands, venant de la plaine, qui tuaient et pillaient
leurs troupeaux. Les vallées de Bethmale, du Biros, de la Bellelongue, de Massat, d’Oust, se formèrent ainsi en petits groupements pastoraux ; elles eurent chacune leur charte qui garantissait aux habitants la libre possession de la terre.
Si nous ajoutons à cela (lettre de Froidour, datée de Castillon du 1er septembre 1661) « que les chemins ne sont que petits sentiers
qui montent fort haut sur le côté de la montagne ou à peine il y a de quoi passer un homme à pied, difficile et très périlleux… » vous aurez ainsi une première
idée de l’isolement total de ces vallées entre elles, ainsi qu’avec la plaine.
Nous comprendrons facilement que cette situation, qui dura longtemps, permit aux populations de ces vallées de garder dans leur intégrité leurs
habitudes propres, sans se mélanger ni se détruire. Hélas ! à la fin du Moyen Age, il y avait tant d’abus dans l’exploitation des forêts, que tous les gouvernements successifs
s’en inquiétèrent, sans pouvoir y remédier efficacement et ce ne fut que Colbert qui, par une ordonnance de 1669, envoya des « commissaires
réformateurs » pour réviser et réformer…Grâce à l’un d’eux, Louis Froidour, nous aurons un portrait saisissant de la situation
anarchique des forêts dévastées, et des montagnards défendant âprement leurs privilèges contre les rois successifs. Sous le Consulat et l’Empire, l’Etat reprend les forêts aux
communes et en mai 1829 l’affaire des forges d’Engomer, déclenche la « guerre des demoiselles » qui commença dans la vallée de Bethmale, se répandit dans toutes les autres vallées
et ne se termina réellement qu’au XIXè siècle.

DES HOMMES DE CARACTERE…
Le Couserans respire l’esprit de folle indépendance de ses habitants qui, jamais, n’hésitèrent à se soulever contre l’autorité quand ils flairaient une injustice.
Déjà en 1474, la population avait refusé de prêter serment de fidélité à son seigneur. En 1646, elle
s’insurgeait contre Jean-Pierre Gaston de Foix, dont elle brûlait le château et détruisait les archives. Quinze ans plus tard, elle contestait la taille et massacrait les
juges. Le dernier épisode de cette histoire tumultueuse arrive en 1829, quand une loi limite l’accès des forêts aux montagnards. C’est suffisant pour déclencher ce
que l’Histoire de France appellera « la guerre des Demoiselles ».
Les révoltés, masqués, portaient une chemise blanche,
parfois un jupon et se donnaient des surnoms de femmes, pour ne pas être reconnus.
Il faut se souvenir qu’en 1829, l’hiver précoce avait succédé à de mauvaises récoltes. Devant ces calamités qui s’abattaient
sur leurs épaules misérables, les paysans de l’Ariège se résignent, mais n’acceptent pas qu’en plus, on les spolie de leurs droits ancestraux par une nouvelle loi.
Les Demoiselles s’organisent très vite et bastonnent les gardes forestiers, brûlant leurs biens, mais sauvant toujours leur bétail.
En huit mois de lutte, il n’y aura aucune victime, aucun cadavre. La gendarmerie, arrivée en renfort pour faire taire les insurgés, ne réussit pas à les saisir,
protégés qu’ils sont par une population qui épouse leur cause et dont ils font partie.
La guerre ne cessera que lorsque le maire de Massat, M. Galy-Gasparou, leur tiendra un discours plein de compréhension, mais surtout lorsque
des ordonnances royales autoriseront à nouveau le pacage dans les forêts. Les meneurs du mouvement seront arrêtés.
Bertrand Cointre, condamné à dix ans de prison, sera exposé au carcan sur la place publique de Castillon. Il sera amnistié après la révolution de juillet.
Il deviendra un héros dont les contes locaux chanteront les exploits avec ceux de ses compatriotes Jean-Baptiste Lafforgue-Vidalou, acquitté en mars 1830, tout comme le seront en septembre
de la même année les cinquante-sept bergers de Massat.
Vers 1848, de par le gouvernement provisoire un nouveau maire venait d’être imposé à la population de Castillon. Ce magistrat
n’était pas au goût de ses concitoyens. On murmure, on délibère, et du projet à l’action le bethmalais ne connaît pas d’intervalle. Trois cents
hommes robustes et déterminés comme de jeunes lions blessés vont sur-le-champ, en colonnes serrées, trouver le commissaire de la république :
- « Rendez-nous notre ancien maire ou nos bâtons vengeront l’injure que vous lui avez faite ! » dit le chef de bande.
Le commissaire essaie de calmer la troupe mutinée, en justifiant l’acte administratif du gouvernement.
- « Notre ancien maire ou la mort »
Et trois cents bâtons se levèrent sur la tête de l’orateur. En homme avisé le commissaire cède devant les menaces
de cette foule irritée qui rentra triomphalement dans sa vallée, rapportant à son chef aimé les insignes d’un pouvoir dont on l’avait brutalement dépouillé.

L’EMMIGRATION
Malgré les apaisements de l’administration, le montagnard habitué à vivre de la forêt, dans la forêt, d’en abuser même inconsciemment, ne peut vivre sans elle, commença alors la descente des montagnards
vers la plaine. La terre fut désertée au seul profit de la forêt envahissante et un coup mortel fut porté aux communes rurales de ces vallées. Les bethmalaises partaient, parées de leur plus beau
costume. Elles répondaient aux nombreuses sollicitations des riches familles de Toulouse, Paris, Bordeaux, et se plaçaient comme nourrices.
Dans les jardins publics de ces villes, c’était un beau spectacle, que ces paisibles assemblées de « nounous »,
toutes fières de représenter leur pays dans leurs beaux atours, et la bethmalaise, au milieu des Alsaciennes, Bretonnes, Languedociennes était toujours la plus belle par la finesse de ses broderies.

LES NOUNOUS BETHMALAISES
Elles étaient réputées pour l’attention qu’elles savaient apporter aux enfants, pour l’abondance et la qualité de leur lait à une époque
où, dans les riches familles, les mères n’allaitaient pas leurs enfants et avaient recours communément à des nourrices. A la fin du XIXè siècle et au début du XXè,
au Grand-Rond ou au Jardin des Plantes, lieux de promenade de la société toulousaine, il était de bon ton d’afficher
ses enfants aux bras des plantureuses nounous de Bethmale.
A Bordeaux, le long des allées de Tourny, à Paris, aux Champs Elysées, leur costume haut en couleur faisait tourner les têtes davantage
sur leurs mines pittoresques que sur les joues rondes des bambins. Il faut dire qu’à l’époque, toutes les nounous endossaient un costume très strict, quasi monacal,
de couleur grise ou bleue sombre qui leur donnait un air sévère et réservé.
Rien de tel avec les nounous bethmalaises. Elles arboraient fièrement
leur costume traditionnel aux couleurs vives qui les faisaient remarquer de loin. Exhiber ses enfants avec de telles nourrices était sans contexte une marque de richesse très enviée.
Imaginez ces filles venues d’une vallée perdue dans la montagne, qui arrivaient parfois avec leurs sabots pointus et leur coiffe rouge vif sur la tête !
Pas une bethmalaise n’aurait accepté de quitter son habit traditionnel, hérité de sa mère ou de sa grand-mère,
confectionné avec un soin tout particulier. Avoir une nounou bethmalaise était un privilège et un signe de distinction très recherché. Par snobisme, bien sûr, pour
le folklore assurément, mais aussi et surtout parce que ces filles de la montagne, qui endossaient ce rôle de remplaçante souvent très jeunes, étaient réputées
pour avoir une bonne santé (à une époque où la tuberculose et toutes sortes de maladies étaient monnaie courante) et un bon caractère. Habituées aux durs
travaux des champs, elles étaient robustes et vaillantes. Souvent, dès leur plus jeune âge, elles avaient gardé leurs frères ou leurs sœurs
et étaient rompues dans l’art de calmer les pleurs et de cajoler les bambins

LE FOLKLORE
La vallée la plus pittoresque du Couserans est celle de Bethmale. L’excursion permet d’y voir le beau lac aux eaux vertes enchâssé dans son décor de hêtres, mais surtout de retrouver le souvenir de
la nombreuse population qui peuplait le pays et dont le folklore est, grâce au dévouement de quelques personnes enthousiastes, encore vivant de nos jours.
Jusqu’au XIXè siècle, les habits paysans étaient caractérisés par la rudesse et la simplicité : pour les hommes,
gilet de laine, culotte de gros drap, ceinture de laine, sabots, cape de laine contre les intempéries. Pour les femmes, corsage(casabè), jupe de laine du pays, capulet pour la messe.
Mais c’est dans le Couserans que les costumes sont les plus beaux : vallée de Massat, Biros et surtout Bethmale.
Parmi ces vallées qu’isolent les rigueurs de l’hiver et qui ont toutes une personnalité particulière, celle de Bethmale
présente en effet le cas le plus original, où même les types physiques sont très caractérisés et où les tenues paysannes d’apparat ne sont pas sans ressemblance avec celles des pays balkaniques.
Celui de la femme, «casaquin en laine doublée de lin, jupe en drap de laine de fabrication locale, devantau (tablier à bavette), ruban serrant la taille, et châle sur es épaules » était
caractérisé par la beauté de la « coiffe blanche prolongée de deux larges bandes de chaque côté, retombant sur les épaules. Sur cette coiffe est posé le
cachet, bonnet rouge orné de broderies et enserré de velours noir qui en fait deux fois le tour. Le haut de cette coiffe forme comme un coussin favorisant le port, sur la tête, de
fardeaux, fagots, paquets de lin ou cruches». Pour la messe, les femmes portent, sur leur coiffe rouge, une serviette blanche dépliée, «par respect pour le lieu saint».
Ces serviettes blanches étaient tissées à la maison, conservées très propres, uniquement pour l’église» (Pierre Salies).
Les deux vêtements caractéristiques des hommes sont la
calotte et le gilet de laine. «La calotte est ronde ; mais comme elle ne s’applique point à plat, comme le fond se relève pour être saisi à pleine
main, elle prend sur la tête une forme ovale. Elle est faite d’un gros drap rouge ou noir, que l’on taille en croissant et que l’on rehausse de broderies vertes ou jaunes. Le fond
est agrémenté de petites cocardes et de paillettes. Le tricot de laine blanche, qui se porte sur le gilet, à la façon d’un pourpoint, est bordé de toute part
d’un liseré de velours noir que l’ouvrière a chamarré d’innombrables broderies de soie. Le bas du pantalon est d’ordinaire serré par des guêtres en étoffe».
Et «aux jours de deuil, la coupe du vêtement reste la même, mais les teintes s’assombrissent et le noir envahit tout. Pour le demi-deuil, les broderies vertes sur fond noir remplacent
les broderies jaunes sur fond rouge. L’homme, en ces jours funèbres, jette sur ses épaules un long manteau à larges bords, qu’il aura le privilège de garder sur la tête, à l’église, pendant un an».
Il faut également dire un mot du costume porté par les enfants au tournant du siècle, ces massipous joufflus et bien portants, «ne sentant pas la misère». Ils
sont «en robes, tabliers, bavettes, avec sur la tête le cascarinet (également appelé colho redouno - coiffe ronde-), «bonnet brodé et orné de bouquets
de rubans, de paillettes et de boutons multicolores».
Remarquablement orné pour les filles, il est plus simple pour les garçons, qui le portent eux aussi dans leur enfance, «car ce n’est
qu’à l’âge d’aller à l’école qu’ils étrennaient leurs premiers pantalons et coiffaient la barèto ».
Mais la pièce la plus originale et la plus typique de la vallée est assurément le sabot à longue pointe garni de clous dorés. Taillée généralement dans le hêtre, en un seul morceau,
cette véritable oeuvre d’art semble être apparue vers 1850, bien que, selon la légende, elle ait été une arme redoutable entre les mains
d’un amoureux éconduit qui, d’un coup de pointe en plein coeur, régla son compte à son rival au temps des Sarrasins...

Les
Maures avaient depuis longtemps envahi le pays. Vers eux coulaient toutes les richesses et l’on s’attendait bien à les voir en profiter longtemps.
Le chef de la vallée de Bethmale s’appelait Boabdil, comme le dernier
roi de Grenade dont il était le lointain parent. Son fils, qui s’appelait Boabdil aussi, lui ressemblait comme une goutte d’eau, avec ses yeux noirs, sa peau basanée, ses gestes
langoureux. Il n’aimait pas beaucoup se livrer à un quelconque travail et les jeux de la guerre ne l’intéressaient pas. Toute la journée il se promenait dans les prairies
fraîches à l’ombre des noisetiers, ou bien, mollement assis sur la rive d’un torrent, il confiait à l’eau ses tendres espérances.
Ce fut pourtant bien par hasard qu’il rencontra la plus jolie fille du pays. Qu’importe son nom ? Appelez-la Jeanne, Marie ou Amélie. Ses moutons attirés par l’herbe fine au bord du torrent
la menèrent tout simplement à Boabdil. Quand les deux jeunes gens se virent, lorsque leurs regards se croisèrent, ils tombèrent follement amoureux. Pourtant Jeanne, Marie
ou Amélie était déjà fiancée et son fiancé était dans la montagne avec tous les hommes des villages de la vallée qui avaient fui devant
les Maures. Là-haut, dans les forêts profondes, près des étangs gelés et des abîmes vertigineux, ils s’entraînaient au combat, taillant des arcs et
des flèches, traquant l’ours et les isards. Mais ils passaient aussi une grande partie de leur temps à scruter ce qui se passait dans la vallée.
La belle jeune fille n’hésita pas. Elle se laissa fléchir par la vois douce de Boabdil, ses gestes langoureux et ses rêveries infinies. Elle les préféra au parler rocailleux et abrupt du garçon de la montagne.
Celui-ci ne tarda pas à être averti de la trahison de sa fiancée. Il ne laissa rien paraître de ses sentiments, mais on le vit plus souvent parcourir la montagne, charrier du bois, remuer
les blocs. Un matin, il découvrit un noyer déraciné par la tempête. Les racines effilées de l’arbre
semblaient vouloir griffer les nuages. Il entreprit de les scier et alla les laver au torrent. Ensuite, il décida de se faire une bonne paire de sabots.
Assis sur une pierre plate qui dominait la vallée et d’où la
vue s’étendait à tous les villages, il creusa la racine, polit, tailla et réussit des sabots dont le bout fin comme une aiguille remontait jusqu’au genoux.
Quelques temps après, tous les bergers vêtus de peaux de moutons, de peaux d’ours ou de loups se rassemblèrent dans
la montagne, puis s’élancèrent pareils à l’avalanche dans la vallée. Ils étaient armés d’arcs de flèches de lances, d’épées. Les Maures,
surpris, essayèrent de fuir mais les bergers ne leur en laissèrent pas la possibilité. Il y eut quelques combats farouches entre les rochers et les troncs d’arbres,
dans les rues du village. Le sang coula jusqu’au torrent. Mais le doute n’était plus permis, les bergers étaient victorieux.
Dès le lendemain, les vainqueurs défilèrent dans les rues
d’Ayet. A leur tête avançait l’ex-fiancé, le visage haut, la poitrine gonflée. Tous les gens rassemblés poussèrent un cri de stupéfaction en le voyant. A
chacune des pointes de ses sabots était enfilé un coeur : celui de Boabdil et celui de la plus jolie fille de la vallée qu’il avait séduite.
Maintenant vous savez pourquoi les fiancés de la vallée de Bethmale offrent à leurs fiancées une paire de sabots au long
bout qu’ils ont eux-mêmes soigneusement façonnés.

LE DERNIER SABOTIER DU COUSERANS
La fabrication des sabots est restée la spécialité d’une des plus belles vallées des Pyrénées, la vallée
de Bethmale, en Ariège. Longtemps après la découverte du caoutchouc et le développement de la chaussure moderne aient fermé une à une toutes les saboteries, deux d’entre elles subsistaient en Ariège : celle de Marcel Catala (prise
de la retraite), à Audressein, et celle de René Bareille à Castillon-en-Couserans. Cette dernière devait à son tour fermer ses portes alors que la production se maintenait à un bon niveau avec la fabrication
de sabots pour le jardinage, directement liée au regain d’intérêt pour ce nouveau loisir. Pascal Jusot, un passionné d’artisanat traditionnel installé dans cette vallée de Bethmale, s’est
alors proposé pour prendre la relève. Il est aujourd’hui le seul à perpétuer ce savoir-faire en Ariège, et un des rares sabotiers (ils sont moins d’une
dizaine) encore en exercice en France.
Une page sur ce site est consacrée aux sabots du Bethmale et leur fabrication, dans la section “Artisanat, senteurs et délices” de l’Ariège.
Lien : Pascal Jusot, Atisan-sabotier

ASSOCIATIONS FOLKLORIQUES
Des « Rencontres internationales Traditions Ethnies » sont organisées chaque année en été, à Saint-Girons par l’association folklorique Les Bethmalais. Cette manifestation colorée permet d’aller à la rencontre des cultures traditionnelles des peuples du monde.
Dans les rues de la ville, les différents groupes folkloriques invités venus d’une dizaine de pays différents, défilent pour faire admirer leurs costumes et entendre leurs musiques. Par
ailleurs des animations et des spectacles de chants, de danses et de musiques sont organisés dans différents lieux, à Saint-Girons et aux alentours.


VISITE DES COSTUMES
Quelques-uns des costumes, ainsi que de nombreux objets artisanaux en bois, décoratifs et pratiques sont exposés au musée de St Lizier.
Lien : ST LIZIER

Midi-Pyrénées- Ariège
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